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Climat et pauvreté: les droits de l'homme au coeur de la problématique écologique

pdf mise en ligne :29 11 2007 ( NEA say… n° 43 )

COOPERATION JUDICIAIRE PENALE > Sécurité des réseaux et de l'information

L'ONU dénonce l'inégalité face au réchauffement: le récent rapport du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) souligne la vulnérabilité du tiers-monde vis-à-vis du changement climatique. Cette publication est intervenue quelques jours avant la conférence de Bali.

L'ONU, en publiant son rapport dix jours avant la conférence de Bali, veut faire entendre la voix "de deux groupes d'individus, ceux possédant une faible voix sur le plan politique: les pauvres du monde entier et les générations de demain". Rappelant qu'il s'agit sans doute de la menace la plus grave pesant sur l'humanité qui n'ait jamais existé, le rapport souligne que le monde a moins de dix ans pour inverser la tendance, alors que la notion d'urgence ne semble pas avoir imprégné la conscience des riches. Si on en croit le PNUD, nous assistons à un véritable renversement de l'histoire: "nous assistons en direct à ce qui pourrait s'avérer être le début d'une régression considérable du dévelopement humain (...). Le changement climatique remet en cause le principe des Lumières selon lequel le progrès humain rendra l'avenir toujours meilleur que le passé".

Le rapport observe que les fonds de l'aide à l'adaptation climatique sont dérisoires (220 millions de dollars). Va-t-on laisser 40% de la population mondiale totalement démunis quand les riches protègeront les leurs, et leurs " fortifications anti-climat" ?

"Laisser évoluer cette tragédie serait un échec politique qui mériterait d'être décrit comme révoltant la conscience de l'humanité. Ce serait une violation systématique des droits de l'homme pour les pauvres et les générations futures et un grand pas en arrière pour les valeurs universelles".

Au moment où la Charte des droits fondamentaux est proclamée, à nouveau, avec toute la solennité possible, a-t-on conscience à Strasbourg, au Parlement européen, que le changement climatique accentuera encore les inégalités, déjà profondes, entre les pays ?

Non à l'apartheid de l'adaptation au changement climatique! Si rien ne change, la crise, devenue inévitable, fera planer de graves menaces sur la sécurité collective. 

Les systèmes agricoles vont s'effondrer, de plus en plus exposés qu'ils seront à la sécheresse, à l'augmentation des températures et à des précipitations de plus en plus imprévisibles, entraînant 600 millions de personnes supplémentaires dans la malnutrition. Les zones semi-arides d'Afrique sub-saharienne, parmi les plus pauvres du monde, risquent d'enregistrer une diminution de 26% de la productivité agricole, d'ici 2060. D'ici 2080, 1,8 milliards de personnes pourraient être victimes du stress hydrique, de vastes régions d'Asie du sud et du nord de la Chine étant confrontées à une crise écologique grave liée au rétrécissement des glaciers et à la modification des précipitations. Le déplacement de 332 millions de personnes, vivant dans les zones côtières et dans les zones à faible élévation, du fait des inondations et des tempêtes tropicales. Plus de 70 millions de personnes vivant au Bangladesh, 22 millions au Vietnam, et 6 millions en Egypte, pourraient être touchées par des inondations dues au réchauffement de la planète. Des risques sanitaires vont corrélativement augmenter, avec 400 millions de personnes supplémentaires qui pourraient être exposées au paludisme.

Le rapport du PNUD tire la conclusion: face à tous ces éléments de preuve, le coût potentiel du changement climatique pour l'homme a été sous-estimé. Les changements climatiques sont dores et déjà des facteurs de pauvreté et d'inégalité parmi les riches. Que dire pour les pauvres! Le réchauffement ne fera qu'en exacerber les effets.

Le rapport souligne tout particulièrement l'absence de moyens mis en oeuvre pour aider à l'adaptation au réchauffement: 26 millions de dollars! Soit l'équivalent d'une semaine de dépenses pour les systèmes de défense face aux récentes inondations au Royaume-Uni, la Fédération européenne de footbal (UEFA) mettra 35 millions d'euros pour assurer la sécurité pendant la prochaine coupe d'Europe en Suisse et en Autriche.qui ne durera que quelques jours... Un financement supplémentaire pour les infrastructures contre les changements climatiques et pour la résistance des bâtiments est indispensable, nous dit le PNUD: une première évaluation fixe à au moins 86 milliards de dollars par an, d'ici 2015, la somme que les gouvernements devraient allouer à ce type d'actions. Nous sommes loin du compte!

Dans le même sens, l'ancien économiste en chef de la Banque mondiale, Sir Nicholas Stern, a donné une interview exclusive à la BBC le 30 novembre 2007, quelques jours avant l'ouverture de la conférence de Bali.

Face à ces perspectives, les propos habituels concernant l'immigration (par exemple la durée de rétention pour les migrants sans-papiers et leur famille, cf. "NON à la directive de la honte: appel des associations et des églises aux parlementaires européens", NEA say... n°42) deviennent dérisoires. Ils le deviendraient encore plus si, allant au-delà des seules conséquences du réchauffement climatique, nous avions abordé le problème lancinant de l'accès à l'énergie, condition du développement... Un habitant du continent africain consomme, en moyenne, treize fois moins qu'un Européen et vingt-six fois moins qu'un Américain. L'enjeu consiste à réduire ces inégalités, alors que la population mondiale augmente et que l'accès aux ressources énergétiques se fait de plus en plus difficile.

C'est aussi l'opinion de OXFAM qui, dans son rapport du 4 décembre 2007, attire l'attention sur le déficit de financement de l'adaptation au réchauffement climatique et estime que le Fonds de l'ONU d'aide à l'adaptation au changement climatique "représente vraiment une insulte", puisqu'inférieur à ce que dépensent chaque mois les américains en crème solaire. Le Texas polluerait dans les mêmes proportions que 116 pays en voie de développement..

Dans la rubrique "l'Europe dans le monde"  voir l'article "va-t-on vers une guerre mondiale du climat?"

► Le Président Barroso vient de rappeler, dans une interview donnée à Euractiv, les nouvelles obligations en la matière pour l'Union européenne.
► Le message de la Banque mondiale va dans le même sens: les pays en voie de développement ne doivent pas payer pour les autres.
Communiqué de presse du PNUD