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Une charte des musulmans d'Europe: appel du grand Mufti de Syrie au Parlement européen et premier Forum de l'Alliance des civilisations

pdf mise en ligne :14 01 2008 ( NEA say… n° 45 )

COOPERATION JUDICIAIRE CIVILE > Matières matrimoniale et de responsabilité parentale

Au moment où démarre l'Année européenne du dialogue interculturel, plus de 400 organisations musulmanes ont signé le 10 janvier 2008, à Bruxelles, une Charte des musulmans d'Europe, élaborée à l'initiative de la Fédération des organisations islamiques en Europe (FOIE). Cette charte, qui se veut "un code islamique de bonne conduite" aborde notamment la présence de l'Islam dans la société et l'apport de l'Islam en Europe. A Madrid, premier Forum de l'Alliance des civilisations.

NEA say... a tenu régulièrement informés ses lecteurs sur le dialogue des cultures, et les prises de positions des institutions européenne pour sa promotion. Les initiatives et les réalisations ont été multiples au cours de ces dernières années. Le Conseil de l'Europe a le premier pris des initiatives dans ce domaine (dossier sur le Dialogue interculturel).

La signature de la Charte intervient au moment où démarre l'Année européenne du dialogue interculturel et où se tient à Madrid le premier Forum de l'"Alliance des civilisations" qu'Eulogos a présentée au moment de sa création et de la remise de son premier rapport en novembre 2006 (cf. "Rapport de l'Alliance des civilisations: la politique et non la religion au centre du problème" dans la rubrique l'Europe dans le monde). Le secrétaire général de Nations Unies y a participé, ainsi que le secrétaire général du Conseil de l'Europe. Le prochain numéro fera le bilan de cette rencontre

Ce sont quelques 400 associations musulmanes d'une trentaine de pays, membres de la Fédération des organisations islamiques en Europe (FOIE), qui ont adopté le 10 janvier 2008 à Bruxelles une "charte des musulmans européens" précisant leurs droits et leurs devoirs. L'Union des organisations islamiques de France (UOIF), à l'origine de la réflexion sur cette charte lancée il y a trois ans, est la seule signataire côté français. Les autres composantes du monde musulman représentées au sein du Conseil français du culte musulman (CFCM) ont été invitées à Bruxelles, mais n'avaient pas été associées à la rédaction. "Nous ne pouvions donc pas aller la signer" ont estimé les responsables du CFCM qui saluent toute initiative visant "à intégrer les musulmans dans les sociétés européennes".

"Nous avons rédigé une plate-forme consensuelle, donnant une image de l'islam en Europe susceptible de rassembler l'ensemble des musulmans européens", a déclaré Fouad Alaoui, secrétaire général de l'UIOF et membre de l'exécutif de la FOIE. Dans son préambule, la Charte propose des "modalités et des principes permettant la participation efficace des musulmans dans leur relations avec les Etats et les sociétés". Reprenant un concept revendiqué en France par l'UIOF, le texte défend "l'Islam du juste milieu qui bannit l'excès et le laxisme" et en rappelle les caractéristiques: "le respect de la diversité et des êtres humains (...) la compassion, la solidarité, la fraternité, l'égalité hommes-femmes, (...) le refus de la violence et du terrorisme". La Charte précise aussi les droits dont peuvent se prévaloir les citoyens musulmans dans les démocraties européennes: "lorsque les lois en vigueur s'opposent aux pratiques et règles islamiques, les musulmans sont en droit de s'adresser aux autorités pour expliquer leurs points de vues et exprimer leurs besoins". La Charte invite les sociétés européennes à intégrer au mieux les musulmans et ces derniers "à s'intégrer de manière positive" en adhérant à la vie politique et en exerçant leur droit de vote. "Nous sommes convaincus que cette charte contribuera à établir un dialogue entre les musulmans eux-mêmes, mais aussi entre musulmans et non musulmans", a déclaré le président de la FOIE, Chakib Benmaklouf. Cette charte est le résultat d'une longue réflexion et est d'une importance majeure pour l'avenir de l'Islam en Europe a-t-il estimé.

Les députés européens Mario Mauro (PPE-DE, Italie) vice-président du Parlement européen et Sarah Ludford (ALDE, GB) étaient présents au moment de la signature. Au nom du Parlement européen, Mario Mauro a estimé que la reconnaissance du texte contribuait au développement du respect mutuel. "Favoriser le dialogue entre les cultures est une des priorités du Parlement européen" a-t-il déclaré, faisant un lien entre la signature de la Charte et l'année du dialogue interculturel en 2008. Il a également affirmé l'importance de la liberté d'expression. Sarah Ludford a de son côté célébré la diversité européenne, même si "ce n'est pas toujours une expérience très facile, le problème de l'intégration est très complexe". Vincent Legrand, reponsable du dialogue interreligieux à la Commission des Episcopats de la Communauté européenne (CMECEE) a pour sa part estimé que l'Islam et le christianisme avaient de nombreuses valeurs communes: justice, liberté, égalité, fraternité. Il a également rapproché la conception de la famille dans les deux religions."Avec cette Charte, vous pouvez être un lien entre l'Europe et le monde musulman" a-t-il déclaré.

Quelques heures avant la signature, un porte-parole de la Commission européenne a déclaré qu'elle s'efforçait d'avoir des relations avec toutes les communautés religieuses en Europe. La Commission fait preuve d'une volonté très forte de dialoguer, a-t-il souligné. Peu après la signature, il a rappelé en salle de presse la rencontre de l'ensemble des autorités religieuses (chrétiennes, islamiques, juives et représentants du boudhisme), organisée par le Président Barroso en présence de la présidente en exercice du Conseil d'alors, Angela Merkel, et du président du Parlement européen, Hans-Gert Pöttering. Il a souligné aussi que ce souci de dialogue concernait aussi toutes les communautés de pensée, philosophiques, agnostiques ou autres en toute impartialité et neutralité.

Certes, la Charte se heurte à des problèmes actuels de représentativité, car l'organisation FOIE ne représente pas tous les musulmans. Par exemple, Vincent Legrand a indiqué que la Fédération des organisations islamiques en Europe est une tendance parmi d'autres qui essaye de concilier tradition et modernité. Une situation que reconnait son président, qui déclare sa disponibilité à accueillir d'autres organisations. "Notre but ultime n'est pas d'être un groupe d'influence, nous voulons surtout un cadre qui permette la reconnaissance mutuelle de la part des musulmans et des non musulmans", a tenu à indiquer Karim Chemlal, de la Ligue des musulmans de Belgique, organisation membre de la FOIE (cf. le journal belge Le Soir).

Dans une tonalité voisine, le Grand Mufti de Syrie (FR) (EN) a appelé, lors d'une séance solennelle du Parlement européen le 15 janvier 2008, au dialogue ente l'Occident et l'Orient. Sa présence qui s'inscrivait dans le programme de visites de personnalités organisé par le Parlement européen dans le cadre de l'année 2008 du dialogue interculturel.

Rejetant l'idée du choc des civilisations, "car il n'existe qu'une civilisation, qui est humaine", Ahmad Bader Hassoun a précisé que la culture se décline néanmoins sous plusieurs formes, pouvant créer l'incompréhension entre les hommes qui n'en perçoivent qu'une facette. Cette incompréhension pourrait être surmontée si l'homme considère l'autre comme son frère, membre d'une même grande famille. Il a demandé à chacun, quelle que soit sa famille religieuse, de tendre la main à son voisin et d'accepter son point de vue sans imposer le sien, rappelant que la religion, qu'il s'agisse du christianisme, du judaïsme ou de l'islam, a donné à la culture ses valeurs morales, en plaçant l'Etre unique, la sainteté, la dignité humaine au centre de tout. Il ne peut y avoir conflit religieux et si conflit religieux il y a, c'est le fait "de l'ignorance, du terrorisme et de l'arriération" a-t-il martelé en rejetant l'idée d'une guerre sainte, car "les guerres ne sont jamais saintes (...) c'est la paix qui est sainte". Pour le Dr Hassoun, il faut enseigner aux enfants, dans les mosquées, les écoles et les temples que "ce qui est vraiment saint, ce sont les êtres humains", selon cette même logique, il a condamné les attentats-suicides qui sèment la mort: "si demain la KA'ba est détruite on pourra la reconstruire. Par contre personne ne peut rendre la vie à un être humain". Parlant de l'Europe comme du "miracle du XXe siècle", car elle a réussi malgré deux guerres mondiales à s'unir et à détruire le Mur de berlin sans effusion de sang, le Grand Mufti appelle les Européens à poursuivre le dialogue avec les Orientaux et "peser de tout son poids" pour résoudre le problème du Proche-orient sans attendre que les Etats-Unis prennent position, car souligne-t-il, par sa position géographique, elle sera la première à être affectée si les conflits persistent en Iraq, en Israël, en Iran. "Je vous appelle à nous tendre la main (...) Défendons ensemble la cause de la paix, du droit et de la foi", a conclu le Grand Mufti, en invitant les responsables européens à organiser à Damas, actuellement capitale de la culture arabe, une grande conférence sur les cultures "pour montrer que le monde est unique et nous tendons la main à tout le monde".

Le président du Parlement européen, Hans-Gert Poettering, a plaidé lui aussi "pour une coexistence pacifique entre les cultures et les religions, aussi bien en Europe qu'avec les peuples et les autres régions du monde", en particulier au proche-Orient: "c'est à la fois possible et essentiel", pour un enrichissement mutuel. Selon lui, il faut créer une passerrelle intellectuelle et culturelle des deux côtés de la Méditerranée, pour un enrichissement mutuel. La tolérance est au centre du dialogue interculturel. Il faut défendre ses positions mais aussi écouter celles des autres et se respecter. Il espère que le dialogue noué aujourd'hui avec le Grand Mufti de Syrie en engendrera d'autres en 2008, mais aussi par la suite.

La méthode choisie par la Conférence des présidents des groupes politiques pour établir la liste des personnes qui vont intervenir au Parlement européenn dans le cadre de l'Année européenne du dialogue interculturel a été contestée par certains élus. Ce n'est pas un dialogue interculture, mais "un monologue interreligieux", s'est exclamée la député libérale néerlandaise, Sophie In't Veld qui demande comme d'autres, par exemple la verte italienne Monica Frassoni, que la liste soit élargie à des non-religieux. Mme In't Veld demande que soit invité Asma Jahangir, rapporteur spécial des Nations Unies sur la liberté de religion et de croyance. La libérale britannique, Sarah Ludford, estime qu'il faudrait inviter également un représentant européen de l'Islam.