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L'Europe plate-forme du terrorisme: inquiétude américaine que Michael Chertoff cherche à faire passer aux européens

pdf mise en ligne :25 01 2008 ( NEA say… n° 45 )

ASILE > Protection temporaire en cas d'afflux massif de personnes déplacées

 

Redoutant la montée d'un terrorisme d'origine européenne, le ministre américain de la Sécurité du territoire (Homeland Security), Michael Chertoff veut renforcer le contrôle des voyageurs sans visa. Une enquête en cours des services de renseignements britanniques sur un site Internet, la possibilité d'une section de al-Qaïda au Royaume-Uni, ont convaincu le Secrétaire d'Etat américain que les "terroristes se tournent de plus en plus vers l'Europe en tant que cible, mais aussi comme plate-forme pour les attentats à destination des Etats-Unis", a-t-il affirmé le 15 janvier 2008 à la BBC. Il y voit la preuve d'une nouvelle montée d'un terrorisme "home-grown", qui s'est déjà manifesté à Madrid et à Londres et en 2006 à Heathrow, dans la tentative déjouée d'introduire des explosifs sous forme liquide.

Michael Chertoff, rappelant que le site Internet a visé "les infidèles", au premier rang desquels ils ont placé Gordon Brown et son prédécesseur Tony Blair, a annoncé le renforcement des mesures de contrôle à l'entrée du territoire américain. A l'avenir, le droit d'entrée sans visa ne dispensera pas d'un préavis: le Homeland Security Department (DHS) prévoit que tout voyageur sera tenu d'enregistrer son projet de visite sur un site Internet qui lui founira en retour un numéro d'autorisation, valable pour un ou deux ans. La porte parole du Ministère indique que le projet n'est pas nouveau et que ne seraient exigées que les données habituelles pour commander son billet d'avion. Ce "système d'autorisation électronique de voyage" a aussi été mis en place ailleurs, en Australie. Michael Chertoff justifie le nouveau système par le fait que les voyageurs voyageant sans visa posent problème dans la mesure où ils ne se signalent aux autorités d'immigration, souvent pour la première fois, que lorsqu'ils sont sur le sol américain et que celà laisse trop peu de temps pour les vérifications nécessaires. La porte-parole précise que cela permettra de savoir qui a l'intention de venir dans le pays, sans indiquer la date d'entrée en vigueur du nouveau système de contrôle.

Rappelons que les américains procèdent actuellement à l'essai d'une nouvelle méthode d'enregistrement des empreintes digitales des dix doigts au lieu de cinq, dans une dizaine d'aéroports pour les visiteurs munis d'un visa. Michael Chertoff s'est dit persuadé que ces mesures n'affecteront pas le commerce, ni le tourisme. Sans doute relanceront-elles les débats sur le PNR, même si cette annonce n'indique rien qui ne soit déjà connu.

Cette récente imprécation, au micro de la BBC, du Secrétaire d’Etat à la sécurité intérieure américaine, Michael Chertoff, alarme inutilement les opinions publiques sur le fait que l’Europe est devenue la plate-forme du terrorisme pour s’attaquer aux Etats-Unis, et démontre, plus qu’il n’est nécessaire, la persistance de l’entêtement aveugle américain. Michael Chertoff a célébré ainsi d’une bien curieuse façon le cinquième anniversaire de la création du département de la sécurité intérieure (DHS).

La réplique de députés européens est arrivée pertinente (Manfred Weber) et cinglante (baroness Sarah Ludford). Vers quelles nouvelles imprudences veut-il nous conduire ? Doit-on s’en remettre à l’optimisme de Sarah Ludford : le prochain président américain agira autrement et choisira une approche moins bornée? Les parlementaires européens réclament, notamment de la part de la Commission, d’être tenus mieux informés, complètement, d’avoir une démarche proactive, de définir une approche européenne. A nouveau et façon quasi rituelle, ils réclament une évaluation des mesures prises depuis plus de six ans, évaluation promise par le vice-président Franco Frattini. Sarah Ludford fait un pas plus loin: elle réaffirme sa conviction qu’il faut combattre le terrorisme qui représente une atteinte aux droits les plus fondamentaux. Mais elle a suffisamment de bon sens, dit-elle, pour reconnaître que c’est d’abord aux causes du terrorisme qu’il faut s’attaquer. Les Etats-Unis doivent reconnaître que ce sont ses pratiques qui bafouent le droit international: torture, emprisonnent sans jugement et secrètement. Ils ont littéralement torpillé l’autorité morale qu’aurait pu avoir le monde occidental et ont ainsi fortement aidé à l’apparition de nouvelles vagues de terroristes. Concernant ce terrorisme "home grown", Sarah Ludford a un remède immédiat et de bon sens: une bonne intégration, un bon dialogue, les respect des droits fondamentaux dans la lutte contre le terrorisme qu'il faut bien mener. M. Chertoff manque de jugement, son appel est peu judicieux et trompe les populations qu'il fourvoit ("misguided"), tel est la conclusion de Sarah Ludford.