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Triste anniversaire, les demandes d’asile augmentent suite à la crise iraquienne

pdf mise en ligne :20 03 2008 ( NEA say… n° 47 )

ASILE > Eurodac

L’UE doit mieux faire, demande le UNHCR. Bataille de chiffres sur le nombre de morts civils. Le Parlement européen fait un certain nombre de recommandations.Le rapport de l’UNHCR "Niveaux et tendances de l’asile dans les pays industrialisés, année 2007" rendu public le 18 mars, souligne que la tendance à la baisse des demandes depuis cinq ans s’est inversée en 2007 suite aux demandes iraquiennes. "Triomphale amnésie" de Georges Bush (Washington Post): il reste plus facile de parler de la situation humanitaire au Darfour que de celle en Iraq.

Selon les statistiques préliminaires recueillies par le UNHCR à partir des informations fournies par les gouvernements, la tendance à la baisse observée depuis cinq ans s’est inversée en 2007, nous dit-il dans son rapport annuel (FR bientôt disponible sur www.unhcr.fr) (EN). 

 

Quelques 338 000 nouvelles demandes de reconnaissance du statut de réfugié ont été soumises l’année dernière dans 43 pays industrialisés, soit 10% d’augmentation par rapport en 2006. En 2006, 306 300 demandes avaient été enregistrées, soit le chiffre le plus bas depuis 20 ans. Cette tendance générale à la baisse s’est donc inversée l’an passé par une nette augmentation du nombre des demandeurs d’asile originaires d’Iraq. Pour la deuxième année consécutive, les demandeurs iraquiens sont arrivés en tête des demandeurs d’asile dans les pays industrialisés à travers le monde. Le nombre d’iraquiens demandeurs a quasiment doublé en un an, passant de 22 900 en 2006 à 45 200 en 2007. L’UNHCR souhaite que l’on garde présent à l’esprit que les demandeurs d’asile iraquiens dans les pays industrialisés ne représentent que 1% des quelque 4,5 millions d’iraquiens déracinés et déplacés au sein de l’Iraq, auxquels s’ajoutent deux millions d’iraquiens présents dans les pays voisins comme la Syrie, la Jordanie, des pays qui ne sont pas inclus dans des statistiques relatives aux pays industrialisés. 

 

Au sein même de l’Union européenne, le nombre d’iraquiens qui ont demandé l’asile a quasiment doublé malgré la diminution des violences (moins 60% selon l’armée américaine après l’envoi de renforts pour 20 000 hommes) : il est passé de 19 375 en 2006 à  38 286 l’an dernier, ce qui fait d’eux le plus grand groupe de demandeurs d’asile dans l’UE. C’est une des raisons pour lesquelles l’UNHCR demande à l’Union européenne, en général, de faire plus et mieux, à l’exception de la Suède qui reste exemplaire dans l’accueil des demandes d’asile. Sur 27 pays de l’Union européenne, seulement huit ont mis sur pied un programme de réinstallation des demandeurs d’asile.  D’après Ron Redmond, porte-parole, l’UNHCR continue de recommander aux pays hôtes de ne pas renvoyer les iraquiens vers le centre ou le sud du pays. 

 

Les cinq premiers pays d’origine des demandeurs d’asile en 2007 ont été l’Iraq (45 200 personnes), la Fédération de Russie (18 800), la Chine (17 100), la Serbie (15 400) et le Pakistan (14 300). En dehors des Iraquiens, d’autres groupes ont connu une hausse significative de leurs demandes d’asile l’année dernière. Il s’agit des Pakistanais (en augmentation de 87%), des Syriens (en augmentation de 47%), et des Somaliens (en augmentation de 43%). La moitié de l’ensemble des demandes d’asile a été soumise par des demandeurs originaires d’Asie (y compris le Moyen Orient). L’Afrique est arrivée au second rang parmi les principaux continents pourvoyeurs de demandeurs d’asile (21% de toutes les demandes), suivie par l’Europe (15%), l’Amérique latine et les Caraïbes (12%), puis l’Amérique du nord (1%). 

 

En 2007, les Etats-Unis ont été le principal pays de destination des demandeurs d’asile, soit 15% de l’ensemble des demandes d’asile dans les pays industrialisés. Cependant en comparaison avec la population nationale, les Etats-Unis ont reçu seulement un demandeur d’asile pour 1 000 habitants, alors que ce chiffre s’élevait en moyenne à 2,6 demandeurs d’asile pour 1 000 habitants dans les pays de l’Union européenne. 

 

En Suède, les nouvelles demandes d’asile ont augmenté de 50%, leur nombre étant passé de 24 000 en 2006 à 36 200 l’année passée. Cette hausse importante a été principalement causée par l’arrivée de nombreux demandeurs d’asile iraquiens. En 2007, la Suède était le deuxième principal pays d’accueil après les Etats-Unis. La Suède a ainsi enregistré 11% de toutes les demandes reçues dans les pays industrialisés, alors que cette proportion s’élevait à 8% en 2006. Après les Etats-Unis et la Suède, les principaux  pays de destination sont pour 2007 : la France (29 200), le Canada (28 300) et Royaume Uni (27 900). La Grèce, l’Allemagne, l’Italie, l’Autriche et la Belgique font aussi partie des 10 principaux pays d’accueil. 

 

Dans un récent rapport intitulé "Carnage et désespoir", (EN) Amnesty international souligne l’emprise de la violence et la situation humanitaire, fort critique. La BBC nous rapporte que selon le site Internet Iraq Body count, 81 000 civils ont été tués depuis le début en mars 2003 ainsi que 12 000 membres des forces de sécurité irakiennes et plus de 4 200 soldats de la coalition dont 3 987 américains. D’autres sources estiment que le nombre de morts chez les civils est beaucoup plus élevé. Selon les études, entre 100 000 et 1,2 millions d'Irakiens auraient trouvé la mort depuis mars 2003. Le journal Guardian du 18 mars 2008 nous explique pourquoi Washington entretient le flou sur ce décompte. Toujours est-il que la bataille de chiffres fait rage. Les extrapolations à l'échelle du pays de IBC (Iraq Body Count) sont comprises entre 100 000 morts et 1 million. Les enquêtes de IBC suggèrent d'ailleurs que les américains ont tué quatre fois plus de civils durant les premières années de la guerre que les insurgés, alors que les médias ont continué à se focaliser sur les attentats suicides exclusivement. L'Organisation mondiale de la santé (OMS) en liaison avec le ministère iraquien de la santé, a mené sa propre enquête pour aboutir à une estimation de 151 000 civils iraquiens morts de façon violente pendant les trois premières années du conflit. L'OMS donne une fourchette comprise entre 104 000 et 230 000. La célèbre revue médicale The  Lancet estime qu'à la date de juin 2006, 600 000 iraquiens étaient morts de mort violente ce qui équivaudrait à 2,5% de la population, au rythme de 500 morts par jour depuis le début de l'opération à l'ironie tragique de "Iraki Freedom". La dernière étude en date de l'été 2007, menée par l'insitut de sondage britannique Opinion Research Business (ORB), confirme l'ampleur du taux de mortalité: 16% des irakiens interrogés affirment avoir perdu un membre de leur famille , 5% deux membres de la famille. Selon ORB, plus d'un million de civils (sur une population à peine supérieure à 26 millions) auraient trouvé la mort en quatre ans.

 

Selon le bureau de la coordination des affaires humanitaires de l’ONU (OCHOA), qui accuse la Communauté internationale et l'Union européenne de se dérober à leurs obligations, la situation s’aggrave de jour en jour : la criminalité se déploie sans entraves et sous toutes ses formes. Comme souvent en situation de guerre, ce sont les femmes et les enfants qui souffrent le plus : selon le Comité internationale de la Croix-Rouge (CICR), la situation humanitaire en Iraq est une des plus critiques au monde. Des millions d’iraquiens ont difficilement accès à l’eau potable. Selon le Programme alimentaire mondial (PAM), 2 millions d’enfants souffrent de grave malnutrition. Pour cause de violence et de déplacements forcés, l’accès à l’école devient problématique : le nombre d’inscriptions à l’école est passé de 86% en 2004 à 46% en 2006. Les campagnes de vaccination restent difficiles. 

 

Rappelons que le Parlement européen, sur la base du rapport de la socialiste portugaise Ana Maria Gomes, vient d’adopter une série de recommandations sur le rôle de l’Union européenne en Iraq (FR) (EN).