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Les ministres européens et l'Assemblée parlementaire euro-méditerranéenne condamnent le film de Geert Wilders sur l’Islam

pdf mise en ligne :01 02 2008 ( NEA say… n° 48 )

COOPERATION POLICIERE > Lutte contre le blanchiment de capitaux

Le 29 mars 2008, les ministres européens des affaires étrangères ont condamné la diffusion sur Internet du film controversé du député néerlandais Geert Wilders, "FITNA" qui accuse violemment l’Islam. Les ministres européens ont défendu à cette occasion la liberté d’expression du réalisateur.

La diffusion du film « Fitna » (la Discorde) a suscité de vives critiques dans le monde occidental et dans le monde musulman. Début 2006, NEA say... a rapporté les débats et violentes protestations suscitées par la diffusion des caricatures du prophète Mahomet (cf. "La crise des caricatures de Mahomet: réactions européennes et internationales", NEA say... n°5). Mais depuis, un dialogue avec le monde musulman a émergé (cf. "Crise des caricatures du prophète Mahomet: le dialogue est engagé", NEA say... n°7, "Les suites institutionnelles de la crise des caricatures de Mahomet: débats et propositions", NEA say... n°8, "Dialogue interculturel: résolution d'apaisement de l'Assemblée euro-méditerranéenne", NEA say... n°10). De ce dialogue est née l’Année européenne du Dialogue interculturel 2008.

Lors de leur réunion en Slovénie à Brdo, les ministres européens ont déclaré que le film en question assimile l’Islam à la violence, ce qu’ils ont fortement condamné: "les problèmes ne sont pas intrinsèques aux religions, mais résultent des dévoiements qui peuvent en être faits et qui ne servent qu’à semer la haine et l’intolérance", ont-ils déclaré. Rappelons que certaines scènes du court métrage de 15 minutes comprennent des séquences des attaques du 11 septembre, superposées à des citations du Coran, des décapitations d’otages, des exécutions de femmes portant le tchador. Malgré le caractère volontairement provocateur, la diffusion du film n’a pas entraîné de réactions particulièrement violentes à travers le monde, la communauté musulmane néerlandaise accueillant cette diffusion avec sang froid. Les organisations musulmanes ont condamné, les organisations européennes ont condamné, le Conseil de l’Europe a défendu la liberté d’expression de Geert Wilder, bien qu’avec inquiétude et désarroi, car selon le secrétaire général Terry Davis, cette diffusion marque un triste jour pour la démocratie : les principes de la démocratie sont utilisés pour promouvoir des stéréotypes intolérants et hautement outrageants. Il a décrit Fitna comme "une propagande politique qui fait le jeu des extrémistes (…), une déplaisante manipulation qui exploite l’ignorance, les préjugés et la peur".

Les ministres européens des affaires étrangères ont, de leur côté souligné que "l’offense de la sensibilité de certaines personnes ne doit aucunement justifier les actes d’agression ou de menace (…), la grande majorité des musulmans rejette l’extrémisme et la violence (...); la liberté d’expression et la liberté de religion représentent des valeurs fondamentales au sujet desquelles il ne peut y avoir de compromis ".

Le président du Parlement européen, Hans-Gert Pöttering, a déclaré que le contenu du film était conçu pour offenser les sensibilités religieuses aux Pays-Bas, en Europe et partout dans le monde. Au nom du Parlement européen, il a affirmé qu’il rejetait totalement l’interprétation du film selon laquelle l’Islam serait une religion de violence. Les groupes politiques ont également condamné fortement le film. Joseph Daul, pour le PPE-DE, a déclaré que la sortie de ce film ne pouvait que porter préjudice aux musulmans partout dans le monde et nuire aux relations entre l’Europe et le monde arabo-musulman, ajoutant qu’il fallait redoubler d’efforts pour promouvoir la tolérance religieuse et le dialogue culturel qui font partie de notre héritage européen. Dans le même temps, Martin Schulz, leader du groupe socialiste, a estimé que le film faisait partie d’une campagne consistant à systématiquement dénigrer la population musulmane pour encourager un parti d’extrême droite. Il a ajouté que diffuser un film opposé au Coran est le pire moyen de promouvoir le dialogue avec les communautés musulmanes.

Le secrétaire général de l’Organisation de la conférence islamique, Ekmeleddin Ihsanoglu, a déclaré que les scènes visaient à provoquer le malaise et l’intolérance, les décrivant comme un acte délibéré de discrimination contre les musulmans, qui "dénigre et diffame le Saint Coran, suscitant des sentiments de colère de plus de 1,3 milliard de musulmans dans le monde".

L'Assemblée parlementaire euro-méditerranéenne (APEM), réunie à Athènes le 27 et 28 mars 2008, a estimé que le film est "très offensant pour l'Islam" et que son contenu "risque de provoquer des réactions fortes dans de nombreux pays musulmans". Le président du Parlement européen, Hans-Gert Pöttering, nouvellement élu président de l'APEM, a annoncé qu'il a prévu dans le cadre de l'Année européenne du dialogue interculturel 2008 l'organisation d'une semaine arabe, en novembre, afin "de renforcer et promouvoir le dialogue interculturel au sein du Parlement européen". Les élèves de l'enseignement secondaire seront sollicités au titre "d'une initiative populaire baptisée EuroMed Scola".