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EDITORIAL

pdf mise en ligne :01 02 2006 ( NEA say… n° 03 )

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C’est un grand honneur pour NEA Say… d’accueillir Robert Badinter comme "grand témoin" dans notre numéro 3. Tout plaisir se nuance: il se nuance ici du regret de n’avoir pas inauguré notre première parution avec ce texte si lumineux, extrait d’une conférence prononcée, à l’automne dernier, à la prestigieuse Université Humboldt de Berlin. Aurait-on pu rêver d’un texte à la fois plus simple et plus engageant? Robert Badinter fut tour à tour un avocat prestigieux, un ministre de la justice abolitionniste de la peine de mort en France; à deux reprises il fut membre de la Convention, celle de la Charte des droits fondamentaux d’abord puis celle du Traité constitutionnel dont il fut un critique, mais ardent défenseur pendant la campagne référendaire en France. En effet, comment aurait-on pu mieux inaugurer notre première parution sinon avec Robert Badinter qui nous démontre que la construction de l’Europe est complexe mais compréhensible pour tout honnête homme qui prend le temps de s’asseoir et pendant quelques minutes, prend le temps de lire, attentivement, un texte qui définit ce que c’est que l’espace de liberté, de sécurité et de justice. Bien plus, il nous montre les enjeux sur le chemin qui mène à "une justice européenne".

Sur ce chemin il nous détaille les rencontres qu’on peut y faire et aussi les difficultés. Nous en retiendrons une: la confiance mutuelle nécessaire qui a été et restera la base de la construction européenne. Cette confiance passe par la qualité de la justice rendue. Passera-t-elle par une charte comme le souhaitent certains parlementaires européens? Ne nous aventurons pas jusque là, mais le Conseil de l’Europe, avec son rapport fondateur, et le Parlement européen, avec l’audition réalisée il y a un an, ont montré la voie (cf. article "Quelle justice pour les européens?" dans la présente édition).

"Vers une justice européenne", par Robert Badinter

Evènement de la semaine, l’anniversaire de la mort de Mozart et de la libération du camp d’Auschwitz marqué par la conférence "The Sound of Europe" qui rassembla, à Salzbourg, les personnalités les plus éminentes. Ces rencontres, élitistes, bien éloignées de la profession de foi de certaines d’entre elles… (celle du "tout pour et par le citoyen") a eu le mérite de démontrer, au bout du compte, que pour rallier l’opinion publique, l’Union européenne doit mieux défendre les valeurs européennes et donner des réponses concrètes aux attentes des citoyens. Mieux défendre les valeurs européennes, c’est tout l’enjeu des travaux de la commission temporaire d’enquête sur les vols présumés de la CIA. Il ne s’agit pas d’engager une campagne anti-américaine, de se livrer à une quelconque chasse aux sorcières, il s’agit pour l’Europe d’apporter la preuve, sans hypocrisie, qu’elle ne consent pas à fermer les yeux sur ce qui se passe sur son territoire et cela quelles que soient les conclusions qui seront tirées.

Le débat transatlantique est essentiel sur ce point et bien d’autres. Jim Cloos, directeur au secrétariat du Conseil de l’UE, nous dit dans un interview à Euractiv qu’on ne peut mettre fin à une relation qui pèse 2,5 milliards de dollars; ce n’est pas une affaire de sentiments, mais d’intérêts: les États-Unis ont besoin de l’Europe et vice-versa, ajoute-t-il. La même semaine nous voyons le directeur du FBI rencontrer le vice-président de la Commission, Franco Frattini, et la France s’opposer à la tenue d’une réunion à l’Otan sur le terrorisme.

Les membres de la commission temporaire d’enquête sont déterminés à agir avec rigueur et honnêteté intellectuelle. C’est la voie choisie par la délégation parlementaire qui a visité Ceuta et Melilla au lendemain d’évènements bien connus dont tout le monde a gardé le souvenir des images tragiques (11 morts). Le rapport de Ewa Klamt a été adopté à l’unanimité, un rapport sans complaisance et sans acharnement stérile et donc inutile.

Les phénomènes migratoires représentent une part importante de cette livraison et ils le resteront, inévitablement, à l’avenir. La Commission vient de donner le coup d’envoi d’un nouveau chantier : la réforme de sa politique et de sa pratique en matière de gestion des flux migratoires et de promotion de la démocratie et des droits de l’homme. Les pratiques seront mieux encadrées, plus souples pour faire face aux imprévus, plus cohérentes dans leur continuité et plus visibles aux yeux de tous, également une plus grande autonomie. L’adoption prochaine des perspectives financières en constitue l’occasion, mais pas le prétexte. NEA say… croit devoir attirer l’attention de ses lecteurs sur la grande importance de ce qui s’engage. Nous le savons, ce débat agite toutes nos opinions publiques, mais ce n’est pas la seule raison. L’ampleur du problème est souligné par les chiffres que vient de publier Eurostat; ils ne sont que la pointe de l’iceberg dans un domaine où les parlementaires européens ont souligné les lacunes et incertitudes.

Autre problème sur lequel NEA say… reviendra régulièrement: la non-discrimination et l’égalité hommes-femmes. Le commissaire Spidla nous rappelle les pratiques négatives imposées par les traditions à l’égard des femmes. C’est le même discours qu’a tenu Mme Maria Rauch-Kallat, ministre autrichienne, devant la commission du Parlement européen des Droits de la femme et de l’Égalité des genres. Elle fait de ce combat une priorité de sa présidence au même titre que l’égalité des salaires ou en matière de santé. Dans son prochain numéro, NEA Say… présentera le rapport Amalia Sartori sur la création d’un Institut européen pour l’égalité, les rapports de Lissy Gröner, Edite Estrella, Maria Carlshamre qui traitent des problèmes connexes. Dans ce numéro, c’est la stratégie de Lisbonne qui a retenu notre attention; elle est présentée sous un angle, si non inédit, du moins peu habituel: la stratégie de Lisbonne et les femmes. Des femmes, députées au Parlement européen s’interrogent : la stratégie de Lisbonne est-elle réellement respectueuse d’un développement solidaire et durable comme elle le proclame ?

L’affaire Google et ses compromissions apparentes avec la Chine ont retenu l’attention de la presse internationale, et aussi la notre. NEA say… apportera sa contribution à un débat naissant, apparu au grand jour au sommet de Tunis sur la Société mondiale de l’Information et théorisé par le livre de Howard, "Les foules intelligentes". L’apparition de ces nouvelles technologies ne pose pas seulement la question de la gouvernance, technique, de l’Internet, elle remet en cause la définition traditionnelle de la vie privée, donc de nos libertés fondamentales. C’est à un débat quasi constitutionnel que NEA say… invite ses lecteurs.

Les commentaires sur un récent arrêt de la Cour de Justice ne visent pas à participer, de façon érudite, à une querelle de juristes, mais à montrer les conséquences importantes, politiques, que recèlent l’arrêt. Le rapport du député français, Christian Philip, devant l’Assemblée nationale, aurait, il y a peu de temps encore, était perçu comme stupéfiant, audacieux. Une fausse bonne nouvelle, nous dit Anne-Marie Quatrevaux.

Terminons cet éditorial en rapportant les conclusions d’une étude, "le baromètre annuel de confiance", effectué par la société de relations publiques Edelman qui suit les dispositions des faiseurs d’opinion dans le monde à l’égard des entreprises, des gouvernements, des ONG, des médias. Cette étude a confirmé que les ONG sont les institutions en lesquelles les citoyens ont le plus confiance…