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EDITORIAL

pdf mise en ligne :04 05 2008 ( NEA say… n° 50 )

ASILE > Elargissement

Le lancinant problème de l’immigration…

La recherche de l’équilibre entre les opinions publiques et des gouvernements divisés, associant contrôles, normes, respect des droits fondamentaux. L’Europe à la croisée des chemins...

Ce lancinant problème va occuper notre attention bien au-delà de la présidence française, qui en a fait une de ses trois ou quatre grandes priorités. Cette priorité est aussi celle du "trio", nouveau vocable désormais à la mode pour désigner les trois présidences qui se succèdent. Le trio vient de le décider à Prague, le 28 mai 2008. Lancinant parce qu’il n’y a pas de remède miracle à court terme qui puisse être exhibé de façon convaincante. Il faudra, peut-être, vivre avec ses rhumatismes. Seul un ensemble cohérent de mesures permettra, à terme, d’espérer sinon une guérison du moins des accommodements raisonnables avec la situation.

L’Europe est à la croisée des chemins : elle doit choisir une politique qui met en cause ses valeurs et son avenir, tant sur le plan économique que social. Le calendrier l’oblige : une présidence qui vient avec un projet dans ses cartons, le pacte pour une immigration "choisie et concertée", des Etats membres qui vont très prochainement être confrontés aux propositions de la Commission, sans parler de toutes les propositions déjà engagées dans le pipe-line. Enfin une échéance, inéluctable, immédiate, celle concernant la directive dite du  "retour", ou comment éloigner les indésirables entrés illégalement et demeurés dans l’illégalité.

Cette directive, désormais emblématique, est la clef de voûte d’un ensemble de mesures complexes. "Directive de la honte", stigmatisée par les ONG, mais la députée socialiste et vice-présidente du Parlement européen, Martine Roure, vient d’en récuser le terme.. directive de la crédibilité ? C’est au prix d’un compromis  âprement négocié qu’elle sera adoptée et une fois adoptée, elle va paver la voie d’une approche globale. Ce ne sera qu’une étape : il ne suffit pas de légiférer sur comment assurer le retour, il faudra aussi baliser le parcours vers de possibles régularisations, parcours que tous les illégaux ne seront pas susceptibles d’emprunter. Mais lesquels ? Entre le séjour légal et l’expulsion, se situe inévitablement une zone intermédiaire dont il faudra bien définir plus ou moins clairement le périmètre et les règles de circulation en son sein. Sans cet effort pour établir des orientations, voire des normes, la construction restera bancale et la politique d’immigration un éternel recommencement comme dans le passé proche où l'on a empilé les lois, les circulaires, les décrets, voire les arrêts des Cours souveraines. Un jeu de loterie pour les candidats à l’immigration et les immigrés clandestins ou illégaux.

C’est donc une approche globale qu’il faudra rechercher dans un domaine qui, plus que tout autre, divise. Il divise en raison des situations et des vécus différents: des pays exposés en première ligne aux vagues d’immigration clandestine, des pays de transit, des pays "gardiens" des frontières extérieures. L’immigration est souvent présentée comme une ressource clé pour faire face au vieillissement de la population ("badanti" en Italie mais aussi un peu partout ailleurs) et compenser le manque de travailleurs et plus particulièrement de travailleurs qualifiés (carte bleue, mais aussi meilleure politique universitaire). Là encore, les besoins sont différents d'un pays à l'autre. La crédibilité des politiques sera engagée dans la lutte contre l’immigration clandestine, mais dans le respect des droits garantis par les constitutions nationales et les conventions internationales. Seul un cadre européen sera efficace, d’où l’importance de la directive du retour qui en serait la première pierre. En cas d’échec, il faut être conscient que le droit d’asile et les droits fondamentaux seront les premières victimes. Une meilleure intégration des migrants doit aussi être recherchée inlassablement et il convient de mieux anticiper les réactions de l’opinion par sa meilleure gouvernance. Face à un tel impact, une meilleure gouvernance de l’opinion veut dire plus d’informations, de débats, de dialogues. Lutter également contre les employeurs "au noir" et les passeurs, trafiquants en tout genre. C’est dire qu’il faudra se battre sur plusieurs fronts.

L’approche ne peut être que globale, cohérente, intégrée dans le respect des interdépendances et des droits fondamentaux. A l’arrière plan, la grande inconnue que représente le pays de départ : s’adresser aux candidats à l’immigration mais aussi à leurs gouvernements.

Au bout du compte ne devons-nous pas nous interroger sur le fait que les migrations seraient le sort inéluctable de l’humanité et cela depuis son apparition sur terre ? Ne devons-nous pas nous interroger à la suite de beaucoup d’autres, sur le fait que notre Terre serait proche de son point de rupture, menacée par la croissance, la surpopulation, les désastres écologiques et la perte de ses points de repère traditionnels ?

► Dans les prochains jours, Eu-Logos va mettre en ligne un dossier : Asile & Immigration. Ce sera un état des lieux et il sera naturellement régulièrement mis à jour.