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La crise des caricatures de Mahomet: réactions européennes et internationales

pdf mise en ligne :21 02 2006 ( NEA say… n° 05 )

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Parlementaires, Conseil des ministres, Commission européenne insistent, tous, pour instaurer un véritable dialogue. La liberté d’expression, élément non négociable, doit être exercée avec responsabilité et les sentiments religieux doivent être préservés. A l’arrière plan restent présents les conflits du Proche-Orient. La mission diplomatique de Javier Solana a pris dans ce contexte un relief tout particulier et la prochaine session de l’Assemblée parlementaire euro-méditerranéenne à Bruxelles (26-27 mars) aura une valeur de test important comme le souligne la résolution du Parlement européen. Le président Barroso, comme les autres intervenants, a réaffirmé, sans nuance, la solidarité profonde de l’Union européenne avec le Danemark. Condamnation unanime des dommages causés aux ambassades des Etats membres.
Après les réactions violentes à la publication de caricatures de Mahomet dans la presse danoise, le Parlement européen a eu un débat (certes limité à un intervenant par groupe politique) consacré au "droit à la liberté d’expression et au respect de la foi religieuse".

1- Déclarations du Conseil et de la Commission

D’emblée, le président du Conseil, Hans Winkler, a affirmé que la controverse sur les caricatures est regrettable car elle touche à une chose pour laquelle les pays de l’Union ont lutté, à savoir: une cohabitation constructive entre les différentes communautés fondée sur la confiance. Il s’est posé la question: qu’est-ce qui a mal tourné et que peut-on faire maintenant? Condamner la violence, réaffirmer la liberté d’opinion (un "bien très important", mais qu’il faut exercer avec le plus grand sens des responsabilités et du respect), établir la confiance et calmer les esprits. Il a fait la chronique des contacts et des réunions des derniers jours (dont l’entretien téléphonique de la ministre autrichienne des affaires étrangères avec le vice-premier ministre turc: "nous avons voulu impliquer sciemment la Turquie, car elle peut jouer un rôle important"). "Ce qu’il faut, c’est du leadership, a souligné M. Winkler, au niveau de l’Union mais aussi de chaque Etat membre, chacun devant réaffirmer que la liberté d’opinion ne peut en aucun cas être mise en question, mais aussi faire comprendre aux musulmans résidants en Europe qu’elle est un "bon endroit" où ils peuvent vivre en pratiquant librement leur religion". Il a renouvelé son appel à plus de leadership à l’égard des élus, tous les élus. La solution n’est pas, a-t-il dit en conclusion, moins de liberté d’expression, mais "un engagement crédible de l’Europe pour rétablir des relations de confiance avec le monde musulman".

Le message du président de la Commission, José Manuel Barroso est clair et renouvelle les déclarations antérieures de Franco Frattini: L’Union doit être solidaire avec le gouvernement danois. En intervenant brièvement à la fin du débat, M. Winkler a confirmé "naturellement", le Conseil estime que tout boycott vis-à-vis d’un pays membre est une attaque contre toute l’Union. "La liberté d’opinion n’est pas négociable" a martelé le président Barroso, "mais elle est soumise à des limites". Ce n’est pas aux gouvernements d’autoriser ou de condamner, et les différentes opinions n’engagent que les individus qui les expriment. M. Barroso a réitéré son respect pour la civilisation musulmane, tout en réaffirmant que l’Union doit rappeler à ses interlocuteurs musulmans que la société européenne est fondée sur la liberté d’opinion, la distinction entre religion et politique, l’égalité entre hommes et femmes. Il a regretté les attaques contre les bureaux de la Commission à Gaza aient frappé précisément ceux qui essaient d’améliorer la situation des gens sur place. M. Barroso a conclu: "ne permettons pas à une minorité d’extrémistes de gagner".

2- Déclarations des responsables des Groupes politiques du Parlement européen

Les responsables des groupes politiques ont réagi aux déclarations du Conseil et de la Commission en prônant la liberté d’expression et le dialogue intercommunautaire, mais condamnant sans appel le recours à la violence et le boycott d’un Etat membre, le Danemark.

Hans-Gert Poettering (PPE-DE, DE) a rappelé que son groupe politique défendait la liberté de la presse tout en comprenant le sentiment d’offense des musulmans. "Mais le recours à la violence envers les biens et les personnes est inacceptable et doit être condamné sans appel". Le président du groupe a souligné que les caricatures avaient été utilisées à des fins politiques par des régimes qui font peu de cas du respect des droits de l’homme. Ces pays n’hésitent pas à publier des caricatures des valeurs européennes. Il a prôné un dialogue interculturel constructif en vue de parvenir à une meilleure compréhension des différences en insistant sur le besoin d’être concret. Une première suggestion destinée à cibler les jeunes consisterait à mettre en place une commission chargée d’examiner les manuels scolaires des pays européens et musulmans en accord avec la Conférence islamique. Autre piste suggérée en vue de définir des objectifs communs avec les représentants des pays musulmans: l’utilisation de l’Assemblée parlementaire Euromed dans un rôle de clarification et de conciliation. Il a conclu sur la nécessité pour l’Union de se montrer ouverte au dialogue mais solidaire avec le Danemark. Mais la tolérance, a-t-il insisté, doit aller dans les deux sens.

Le danois Poul Nyrup Rasmussen (PSE, DK) a affirmé sans ambages pour le groupe socialiste que la liberté d’opinion et le respect doivent "aller la main dans la main", en ajoutant: "je veux démonter ma propre liberté d’opinion en me dissociant des caricatures". L’ancien premier ministre danois veut aussi lancer un signal: "ignorons les provocations" qui peuvent être exploitées par les extrémistes, ces extrémistes qui, constate-t-il, ont été trop longtemps autorisés à alimenter la haine. C’est aux modérés à défendre un autre agenda face à ce qui n’est pas une confrontation entre civilisations, mais actes d’ignorance et manipulations. Évoquant l’histoire sanglante du continent européen, il a appelé à une coexistence pacifique avec le monde musulman, en particulier en Palestine. Il a estimé qu’il convient d’unir toutes les forces en vue "d’un dialogue nouveau, critique, permanent, constructif". Les voix modérées doivent se faire entendre et s’opposer à ceux qui veulent dresser les uns contre les autres et faire le jeu des extrémistes. Le député a également évoqué la frustration sociale des populations de ces pays qui vivent dans un monde de plus en plus globalisé. Il a tenu à préciser également "que les peuples musulmans doivent comprendre que ces caricatures témoignent d’une grande ignorance et ne sont pas représentatives de l’opinion de l’ensemble du peuple danois".

Karim Riis-Jorgensen (ADLE, DK) pour le compte du groupe libéral, a lancé un appel à la défense de la liberté d’expression non seulement en Europe mais aussi en Irak et en Iran. "A ces réactions violentes inacceptables, les musulmans doivent reconnaître qu’ils renforcent les partis de droite anti-immigration". Elle a fortement critiqué l’idée selon laquelle un gouvernement ferait des excuses au nom de médias indépendants, estimant qu’il revenait à la justice de régler ce type de cas. De plus, la députée a insisté sur la nécessité d’une réaction solidaire face aux attaques et au boycott dont les produits danois font l’objet. "La liberté de la presse doit être défendue à tout prix car le pluralisme assure la démocratie et tous les croyants et non croyants doivent accepter et défendre ces valeurs". Toutefois a précisé la députée, "la prudence est de mise après les attentats de New-York, Madrid, Londres, il faut promouvoir un dialogue interreligieux aussi harmonieux que possible". En s’adressant au commissaire Frattini, elle se félicite que soit organisée une table ronde avec les médias et les représentants des organisations religieuses, mais elle met en garde: "ne nous proposez pas un code de conduite pour la presse". Intention que le vice-président de la Commission, Franco Frattini, a démenti à plusieurs reprises.

Daniel Cohn-Bendit (Verts/ALE, DE) s’exclame: "aucune société ne s’est écroulée par ce qu’il y avait trop de liberté!" et, citant Anna Ahrendt, il a rappelé que la liberté dérangeait. Selon lui, les responsables politiques ne devraient jamais définir la place de la presse et quelles sont ses limites. Il leur appartient par contre de définir et d’adopter des législations qui respectent l’individu "et si nous respectons mieux les immigrés, ils sauront en faire un usage respectueux". L’Union européenne est confrontée à un débat de société: le droit de publier les caricatures doit être assorti du droit de protester contre elles. Les grandes religions qui appartiennent à un espace public feront toujours l’objet de critiques blasphématoires, parfois même de mauvais goût, cela fait partie de la démocratie. "La liberté n’est ni de bon goût, ni de mauvais goût (...) la plus grande menace est l’absence de liberté". Enfin, M. Cohn-Bendit a fortement dénoncé "les entreprises (Nestlé, Carrefour) qui ont publié des annonces en Arabie Saoudite pour se désolidariser du gouvernement danois". Mais il est tout aussi sévère vis-à-vis de ce gouvernement lorsque la législation sur les étrangers ne respecte pas les droits des musulmans.

Jens-Peter Bonde (IND-DEM, DK) a déclaré "ne jamais vouloir renoncer à la liberté d’expression tout en appelant au respect de la liberté religieuse". Il soutient le premier ministre danois dans son refus d’assumer la responsabilité du contenu de la presse de son pays "car chaque rédacteur local doit se montrer responsable". Si le dialogue et la générosité sont préférables à l’animosité, "l’Islam n’est pas au-dessus de la loi danoise" et ne peut faire appel à l’ordre judiciaire européen. Il a mis en garde contre les risques d’une troisième guerre mondiale: "nous devons tous vivre ensemble sur ce globe".

Francis Wurtz (GUE/NGL, FR) a estimé qu’une réflexion sereine et nuancée s’imposait: "la liberté d’expression, pierre de touche de la démocratie, est également la pierre de touche de l’existence d’un espace public laïc auquel nous attachons une importance légitime. Dans cet espace sont censés régner l’esprit critique, une relation personnelle avec sa foi ainsi que la tolérance. Ne transigeons pas avec ces acquis, mais convenons en même temps que la défense de ces principes ne saurait s’accommoder de l’insulte, l’amalgame, de la stigmatisation, et encore moins de les justifier". Il faut donc s’efforcer de faire vivre une sorte de civisme planétaire, la liberté de chacun s’exerce dans le respect de tous, a-t-il conclu après avoir très fortement souligné "l’expression exacerbée d’identités blessées" des arabes et des musulmans qui, citant le poète palestinien Darwich, "ont le sentiment d’être poussés hors de l’histoire". Il importe de refuser tous les manichéismes et de construire des ponts.

Brian Crowley (UEN, IE) a estimé que la presse devait conserver la liberté d’offusquer, "l’humour étant la soupape de sécurité de la démocratie". Condamnant la violence qui a suivi la publication des bandes dessinées, il a signalé les nombreuses protestations pacifiques en déplorant que les médias aient surtout montré les réactions les plus violentes et les plus spectaculaires. La solidarité européenne est nécessaire car "un boycott d’un bien danois, vise en fait tous les biens". Il a conclu en lançant un appel au respect de la dignité et de la différence. La liberté n’est pas quelque chose qu’on peut jeter et on n’a pas le droit de "crier au feu" dans un cinéma bondé quand il n’y a pas le feu. "Oliver Wendell Hommes autrefois membre de la Cour suprême des États-Unis a dit, a-t-il rappelé, qu’il n’existe pas de droits absolus".

Frank Vanhecke (NI, BE), membre du parti d’extrême droite Vlaams Belang, pour les Non-Inscrits, a déploré le manque de solidarité avec le Danemark de la part de nombreux gouvernements européens; les violences n’ont pas visé seulement le Danemark, mais l’Occident libre tout entier. Selon lui, "les Européens, en pratiquant l’autocensure, font le jeu des extrémistes qui, eux, n’hésitent pas à trancher les gorges en public devant les caméras". La Turquie, selon le député, ne pourrait jamais être un membre de l’Union, parce que les principes de l’Islam sont incompatibles avec les principes de l’Europe.

3- Résolution du Parlement européen: respecter la liberté d’opinion et les sentiments religieux

Dans sa résolution adoptée le 16 février, le Parlement européen défend la liberté d’expression en tant que valeur fondamentale de l’UE et considère qu’elle doit être exercée dans les limites imposées par la loi en faisant preuve de responsabilité personnelle et de respect pour les droits et sensibilités des autres.

Les députés considèrent que la liberté d’expression et l’indépendance de la presse, droits universels, ne sauraient être mises en péril par aucun individu ou groupe s’estimant offensé par des paroles ou des écrits. Ils expriment d’autre part leur sympathie à l’égard de ceux qui se sont sentis offensés par les caricatures du Prophète Mahomet, tout en soulignant que la législation nationale et européenne en vigueur permet de saisir la justice en cas de comportement offensant.

La liberté d’expression, de pensée, de conscience et de religion est inscrite à l’article 9 de la Convention européenne des droits de l’homme. Ces libertés ainsi que la nette séparation de l’Etat et de la religion, sont des éléments fondamentaux du développement des démocraties européennes.

Le Parlement européen a souligné que nombre de pays où des manifestations et des violences ont eu lieu au sujet des caricatures sont des pays où la liberté d’expression, la liberté de parole et le droit de réunion sont régulièrement violés. Il se félicite des déclarations et des efforts des responsables des communautés musulmanes en Europe et dans le monde arabe qui ont fermement condamné les différentes formes de violence.

Le Parlement condamne avec la plus grande vigueur la destruction par le feu d’ambassades des Etats membres de l’UE et les menaces proférées contre les citoyens de l’Union. Les députés déplorent que certains gouvernements n’aient pu empêcher les violences et que d’autres aient toléré des attaques violentes. En outre, les députés regrettent fortement qu’il semble y avoir des groupes extrémistes organisés, à la fois en Europe et dans le monde musulman, qui trouvent un intérêt à exacerber les tensions actuelles et utilisent les caricatures comme prétexte à l’incitation à la violence et à la discrimination. Une partie des protestations et des troubles violents auraient été "orchestrés" précisent les députés.

Le Parlement exprime sa pleine solidarité et son entier soutien au Danemark, ainsi qu'aux pays et aux peuples qui ont été touchés dans ces circonstances difficiles et sans précédent, en rappelant la clause de solidarité inscrite à l’article 11 du traité sur l’Union européenne.

La résolution déplore la recrudescence de la propagande antisémite et anti-israélienne dans certains pays arabes et en Iran et fait remarquer que, dans ces pays, des caricatures dégradantes et humiliantes de juifs sont régulièrement publiées, ce qui prouve que, de toute évidence, ils n’appliquent pas les mêmes critères à toutes les communautés religieuses.

Les députés expriment leur solidarité avec les journalistes qui, en Jordanie, en Égypte et en Algérie, ont courageusement reproduit et ouvertement commenté les caricatures. Ils condamnent vigoureusement leur arrestation et demandent instamment aux gouvernements respectifs de lever toutes les accusations qui pèsent sur eux.

Enfin le Parlement européen rappelle que l’Assemblée Parlementaire Euro Méditerranéenne (APEM) constitue l’endroit approprié pour œuvrer ensemble avec nos partenaires de la rive sud de la Méditerranée en faveur d’une société démocratique, pluraliste, tolérante, fondée sur les valeurs des droits de l’homme. Il salue dans ce contexte la déclaration du Bureau de l’APEM  et demande que la session du mois de mars traite de ce problème en priorité.

Le Parlement européen considère qu’une majorité écrasante des peuples de l’Union européenne ainsi que des pays concernés par les incidents aspirent au dialogue et à une relation pacifique fondés sur le respect et la compréhension mutuelle. Ils notent que les caricatures à l’origine des incidents n’encouragent pas le dialogue engagé par l’Union européenne pour établir des liens entre les cultures et les religions, et que l’Union européenne demeure pleinement engagée dans le développement et le renforcement des liens avec les pays concernés, dans un esprit de coopération mutuelle et dans le cadre d’une approche commune de l’approfondissement des relations.

Enfin, le Parlement européen a tenu à saluer l’initiative de la Turquie de se joindre aux forces diplomatiques et d’agir en tant que médiateur.

4- Réactions de la Communauté internationale: voyage de Javier Solana, initiatives de l’OCI, déclarations américaines, débats aux Nations Unies, préparation de la prochaine Assemblée parlementaire Euro-méditerranéenne

Dans sa tournée au Proche-Orient, Javier Solana a plaidé l’apaisement et le maintien de relations fortes entre l’UE et le monde musulman. Il a exprimé son respect pour l’Islam. Répondant indirectement aux propositions de l’Organisation de la Conférence islamique (OCI), il a rappelé que la Déclaration universelle des droits de l’homme contient dans ses dispositions tout ce qui est nécessaire et utile au plein respect mutuel des grands principes de tolérance, de liberté d’expression et de pratique religieuse.

Lors de son entrevue avec Javier Solana à Djeddah, le secrétaire général de l'OCI, Ekmeledin Ihsanoglu, a fait plusieurs propositions pour protéger la religion islamique et éviter que les affaires comme celle de la publication des caricatures ne se répètent à l’avenir. En particulier: l’UE devrait voter des lois contre l’islamophobie, l’UE et l’OCI devraient soutenir une résolution de l’ONU qui s’inspirait des résolutions existantes combattant la diffamation des religions existantes. Il faudrait adopter un code de conduite pour les médias européens qui tienne compte des sensibilités des musulmans. L’ONU devrait adopter un code de communication international qui définirait les limites de la liberté d’expression dans le domaine des symboles religieux.

Les 57 pays de l’OCI ont déposé à l’ONU un projet de texte visant à interdire l’intolérance à l’égard des religions. Ces pays souhaitent inclure ce texte dans le projet de résolution sur la création d’un Conseil des droits de l’homme qui devra remplacer l’actuelle commission. Le texte proposé évoque les cas d’intolérance, de discrimination, d’incitation à la haine et à la violence découlant de tout acte à l’encontre des religions, de prophètes et de croyances. Le texte précise que la diffamation de religions ou de prophètes n’est pas conforme à la liberté d’expression et que les États, les organisations et les médias ont la responsabilité de promouvoir la tolérance, le respect pour les valeurs religieuses et culturelles. L’amendement de l’OCI précise que les attaques contre les religions causent "des dissonances sociales qui conduisent à des violations des droits de l’homme". "L’Islam est diffamé dans de nombreux pays et nous voulons y mettre un terme" explique Munir Akram, ambassadeur du Pakistan à l’ONU, initiateur de la démarche. Les pays occidentaux ont toutefois rejeté en bloc la proposition, qu’ils jugent dangereuses pour la liberté d’expression et la presse. "Nous avons étudié le langage proposé et il est inacceptable" a répliqué le représentant américain. Les européens estiment qu’on ne peut donner carte blanche au nouveau Conseil pour devenir une sorte de police religieuse. "Qui peut s’opposer à un tel texte?" insiste l’ambassadeur pakistanais "au moment où nous créons un nouvel organe, nous voulons être sûrs qu’il va promouvoir le respect des religions", ajoute-t-il en prévenant que "la prise en compte des revendications de l’OCI sera une ligne rouge de la négociation".

Une délégation américaine, conduite par l’Assistant Secretary Daniel Fried (en charge des affaires européennes et eurasiatique), visitant plusieurs capitales européennes pour des consultations en liaison avec la crise des caricatures et ses conséquences à long terme pour le processus de paix au Proche-Orient, a exprimé la position des États-Unis: "elle est claire, a-t-il dit, les caricatures sont offensantes car elles manquent de respect pour l’Islam. Indépendamment de cette constatation, la liberté de la presse forme un tout et ne peut être limitée, les gouvernements ne peuvent dire aux journaux ce qu’ils peuvent publier. Les réactions violentes dans certains pays musulmans sont inacceptables. A long terme, seules les démocraties ouvertes et non pas des dictatures islamistes seront en mesure d’assurer la tolérance, le respect, la justice et la liberté d’expression qui sont des valeurs vitales pour toute la société, y compris pour l’avenir du Moyen-Orient. Washington n’a pas de solution opérationnelle à proposer pour résoudre la crise des caricatures, car ce sera sans doute une tâche pour le long terme". Les États-Unis veulent travailler avec les européens et les réformateurs au Proche-Orient, pour résoudre cette question d’une manière qui respecte les valeurs de tout le monde, y compris les valeurs de la liberté, a-t-il assuré en ajoutant: américains et européens font déjà beaucoup pour soutenir les forces réformatrices dans la région, "mais nous devrions faire plus".

Le président du Parlement européen et président en exercice de l’Assemblée parlementaire Euro méditerranéenne, Josep Borell, a commenté en ces termes, lors de la réunion du Bureau de l’APEM, "le dialogue, la coopération et le respect mutuel constituent les piliers de notre alliance de civilisations et sont le seul moyen pour combler nos différences, et l’Assemblée Euro-méditerranéenne peut servir là de forum pour un dialogue constructif".

Le Bureau de l’APEM a décidé d’inclure la crise des caricatures à l’ordre du jour de ses travaux, en vue d’un débat lors de sa prochaine plénière, les 26 et 27 mars à Bruxelles. Dans sa déclaration officielle, le Bureau "déplore profondément l’offense faite aux sentiments religieux de la communauté musulmane, appelle à une utilisation responsable de la liberté d’expression et de la liberté de la presse, et condamne tout manque des respect à l’égard des religions, ainsi que toute tentative d’incitation à la haine religieuse et tout propos xénophobe ou raciste". En même temps il "condamne résolument le recours à la violence contre les représentations diplomatiques européennes et appelle au retour à un climat de dialogue constructif et pacifique".