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EDITORIAL

pdf mise en ligne :03 08 2008 ( NEA say… n° 53 )

ASILE > Elargissement

L’élargissement contre l’unité de l’Europe ?

Depuis une quinzaine d’années cette interrogation refoulée avec peine a tourmenté les esprits, occupé l’attention. Lancinant comme une mauvaise migraine qui va et vient et se manifeste à nouveau au moment où l’on croit s'en être débarrassé définitivement. Les récents rapports concernant la Roumanie et plus encore la Bulgarie ravivent des douleurs que l’on croyait éteinte ou assoupies. Vraiment l’élargissement est-il dans la logique de l’intégration européenne. Le député européen Brok dans un rapport (FR) (EN) adopté récemment par le Parlement européen tente d’y répondre  de façon imparfaite ou incomplète, mais sincère avec une recherche permanente de la sagesse raisonnable.

 

La décision d’élargir fut certes prise avec courage et avec imagination, ce fut une « décision admirable » pour cette double raison a pu dire Bronislaw Geremek au lendemain de l’automne de peuples de 1989 et la chute des murs, matériels politiques et psychologiques. Ces peuples (et eux seuls qui ont mis fin à un état des choses que ni la guerre, ni la diplomatie n’avaient pu  faire) ont refusé plus ou moins consciemment de donner suite à l’idée d’une Confédération européenne lancée par François Miterrand, perçue comme une proposition sur une liste d’attente.  Dès lors l’élargissement s’imposait et avec lui les fameux « critères de Copenhague ». Il faut bien reconnaître à la suite de Jacques Delors que ce fut fait avec une certaine légèreté, voire frivolité : bien des participants étant plus préoccupés par le résultat de la finale de la Coupe d’Europe de football qui opposait le Danemark et l’Allemagne, rapporte toujours Jacques Delors.

 

Le climat de la fête, de la liberté retrouvée, de l’enthousiasme des retrouvailles en famille, tout cela a disparu insensiblement pour laisser la place à une atmosphère de morosité, de crainte, de désenchantement. L’Europe à nouveau prenait peur devant son propre courage. L’adage ne pas avancer c’est reculer a-t-il encore et en toute circonstances ses vertus souvent évoquées ?

 

Manifestement les élargissements récents, en cours, futurs ou espérés par tel ou tel candidat potentiel posent des questions géopolitique existentielles que l’Union n’était pas amenée à se poser auparavant. S’y prépare-t-elle ? on peut en douter. L’absence de débat public sur l’après-guerre froide n’a rien arrangé. L’égoïsme national a refleuri devant la crainte de devoir partager une prospérité de plus en plus incertaine. En effet les effets de l’élargissement semblent être liés surtout au sentiment d’incertitude sur l’avenir.

 

C’est le choc des méfiances qui semble la cause  de ce malaise. Méfiance à l’égard du jeu hégémonique (ou perçu comme tel) à l’intérieur de l’Union. Méfiance à l’égard d’une Europe à deux vitesses qui serait accepté par pure résignation avec tous ses ferments de la désunion. Désirs de refonder l’Europe, de repartir sur de nouvelles bases, idée certes mobilisatrice pour un bref instant mais qui se heurte aux calculs et arrières pensée de certains promoteurs de l’idée, notamment de ceux qui ne furent jamais historiquement parmi les fondateurs.

 

Comment sortir de ce dilemme ?  Les méfiances et malentendus ne peuvent être dissipés que par le débat public et le dialogue qui manquent terriblement à une Europe, à la croisée des chemins, un moment assurément historique. Pour cela il faut seulement se parler, vouloir et savoir se parler et ne pas appeler à se taire, même de façon implicite.