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EDITORIAL

pdf mise en ligne :18 09 2008 ( NEA say… n° 54 )

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Cultivons l’optimisme !

La formule est voisine de l’invitation de Sylvie Goulard : « Cultivons notre jardin européen » (1). Les faits et la raison nous y invitent.

 

Les faits : liés à la crise Géorgienne du mois d’août, ils sont éclatants ! Les européens existent. Pour la première fois depuis l’entrée en guerre des Etats-Unis lors de la seconde guerre mondiale, l’Europe est à la manœuvre et elle y est seule. Et seuls, les Européens le sont restés jusqu’à aujourd’hui. L’Union est unie, l’Union serre les rangs, l’Union passe avec succès sur la scène mondiale l’épreuve de « l’acteur global autonome ». Ce qui n’était que pure rhétorique reçoit, aujourd’hui, un début de concrétisation remarqué et salué. Ce fait majeur a-t-il été suffisamment vu par l’opinion ? A-t-on suffisamment bien communiqué en direction de l’opinion publique, une opinion versatile et vite distraite ? Peu importe, il reste que bien des pays de l’Europe orientale et d’ailleurs ont compris que seule l’unité européenne, et non pas les Etats-Unis, pouvait garantir leur sécurité à long terme et leur développement. Le fond du problème est apparu dans toute sa clarté : en terme d’attractivité, la Russie ne peut faire concurrence à l’Union avec des moyens pacifiques, sinon par la guerre et l’obstruction politique. C’est avec l’Union qu’il faut chercher un compromis continental avec la Russie et que pour eux tous, européens de l’Union ou pas encore, l’essentiel est donc de renforcer l’Union européenne. La construction européenne depuis plus de cinquante ans (querelle de la CED, Plan Fouchet, guerre iraquienne…) a achoppé durablement sur ce problème, trop longtemps perçu comme insoluble. L’Europe est-elle définitivement guérie de ce mal ? Formulons au moins un vœu ardent dans ce sens. Nous assistons à une seconde chute du mur de Berlin, « Yalta, c’est fini ! » s’est écrié le président Sarkozy, mais la formule vaut pour la Russie comme pour les Etats-Unis. L’OTAN a plus réellement divisé les européens qu’il ne les a réellement protégés. L’avenir devrait donner encore plus de poids à ce constat : nous sommes véritablement entrés dans l’ère post-guerre froide où une guerre entre grands acteurs est définitivement inimaginable. Il revient à l’Europe de prendre conscience que l’ambiguïté constructive a ses limites et que des perspectives claires sont désormais indispensables.

 

La raison, mais aussi le sentiment s’unissent pour nous inciter à cultiver notre optimisme. C’est un axe majeur du récent livre de Jean-Claude Guillebaud « Le commencement d’un monde » (1). Le livre s’ouvre par une citation de Goethe : « le pessimiste se condamne à être spectateur ». C’est là le péché dit "mignon" de l’européen, surtout s’il est très en faveur de la construction européenne. Aucun fait, évènement ne peuvent le sortir de cette vision négative : sa nature est le plus souvent spontanément bilieuse, l’humeur mélancolique, inquiète, anxieuse, tourmentée. A l’évidence dans l’affaire géorgienne, l’unité européenne a tenu, mais il s’est trouvé un éminent professeur (Jacques Sapir) pour écrire dans le Soir de Bruxelles que les européens s’étaient donné l’illusion de l’unité ! Des esprits chagrins comme le Faust de Goethe: "Tu es l'Esprit qui toujours nie...". Combien plus raisonnable a été l’attitude de Hubert Védrine, ancien ministre français des Affaires étrangères, qui a écrit dans le journal Le Monde : « il ne faut pas bouder l’unité obtenue au sommet de Bruxelles ». Ne boudons pas notre plaisir, l'unité reste la seule façon d’avoir de l’influence et à cet égard le comportement (et les déclarations) du président polonais Kaczinski, lors du dernier sommet, montre qu’il est sur la voie de la conversion.

 

Il faut inviter les européens à se détourner d’une attitude mentale et psychologique où l’avenir ne semble plus rien promettre et certainement pas la nouveauté radieuse d’une espérance,  où ils devraient faire le deuil de tout ce à quoi ils croient. Bien au contraire, il faut inviter chaque européen à se dégager des angoisses de la société dans laquelle il vit, notamment parce que l’image qu’il donne de lui-même serait moins attractive non seulement pour lui-même mais aussi et surtout pour le reste du monde. Il ne doit pas donner prise à de tels sentiments, notamment au sentiment d’être envahi du dehors (multiculturalisme, immigration, métissage culturel…), il doit récuser la fortune d’une idée fausse : le choc des cultures et des civilisations. Ce discours est insensé. Certes l’Occident prétendait incarner le modèle universel, or ce modèle se révèle défaillant, il est récusé. Doit-on pour autant se barricader comme dans une place (une forteresse) assiégée ? Se livrer à un appel aux armes permanent, au « containment » permanent comme aux plus beaux jours de la guerre froide débutante ? Non bien évidemment !

 

Ce n’est pas la fin apocalyptique d’un monde que de passer d’une séquence de civilisation à une autre : l’hégémonie occidentale est récente et sa séduction persiste : elle ne s’est pas complètement évaporée. Certes l’occidentalisme prosélyte est fortement bousculé. Mais après les grands refus et les affrontements, vient nécessairement la période des compromis et des transactions. Pour l’Europe il faut comprendre que nous sortons d’une période prométhéenne où il ne s’agit plus de transformer le monde, mais de l’épargner et de prendre conscience de sa fragilité extrême. Or c’est l’Union européenne qui, la première avec le réchauffement climatique, a lancé l’appel en ce sens. Elle s’est emparée avec détermination (pour combien de temps ?) de ce leadership et appelle, avec un  certain succès et avec conviction, les autres à la rejoindre. Alors pourquoi désespérer ? Pourquoi cultiver l’idéologie de l’identitaire et qui plus est d’une identité qui serait en détresse ? Nul ne sait  encore sur quels changements l’épisode actuel débouchera, raison supplémentaire pour rappeler la phrase de Goethe, déjà citée : « le pessimiste se condamne à être spectateur ». Au bout du compte qu’est « l’occidentalité à l’européenne » dans sa partie la plus irréductible, sinon la volonté d’aller de l’avant ? 

 

(1) Edition du Seuil.