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EDITORIAL

pdf mise en ligne :18 10 2008 ( NEA say… n° 55 )

ASILE > Elargissement

Les droits de l’homme sont-ils universels ?

La question est légitime au moment où on célèbre le 60ième anniversaire de la « Déclaration universelle des droits de l’homme ». Que veut-on dire par « universel » ? Simplement qu’elle s’appuie sur un socle naturel et rationnel qui s’impose à tous et dépasse (transcende) toutes les considérations culturelles particulières. Tous les êtres humains quels que soient leur âge, leur lieu de naissance, leur sexe ou leur religion, tous les êtres humains ont droit au respect de leur dignité, de leur intégrité physique, de leur liberté d’expression et de convictions, le droit de vivre décemment, de recevoir une éducation, de travailler, d’être soigné, d’avoir une administration impartiale et efficace, etc.

 

Cette vocation universaliste est née au XVIII e siècle dans le sillage des Lumières. Or depuis quelques années, des pays, des mouvements, des individus expriment des réserves croissantes et parfois violentes sur le caractère universel des droits de l’homme. Ils assimilent le discours universaliste à une posture colonialiste. Après avoir imposé sa domination, sans partage, sur le plan politique et économique, l’Occident entendrait imposer au reste du monde ses valeurs et imposer par ce biais la perpétuation de sa domination. Pour défendre leur thèse, ils s’appuient sur la notion de diversité culturelle, d’où un relativisme des droits de l’homme qui légitimement pourraient donc varier en fonction des traditions, de l’histoire, du système politique.

 

On peut comprendre ce raisonnement, mais il ne faut pas être naïf au point de se laisser duper : un tel raisonnement, peut-être estimable en soi, concrètement arrange très bien toutes les dictatures et fait en sorte que perdurent les pratiques de domination de pseudo traditions sur les individus : domination de la femme sous mille formes (excisions, mises à mort en cas d’adultère, mariages précoces ou sans le consentement, mise sous tutelle permanente, réclusion), le travail précoce des enfants, l’interdiction de changer de religion ou de pratiquer une religion minoritaire, etc.

 

Ceux qui récusent l’universalité des droits ont bien compris que c’est l’émancipation de l’individu à l’égard du groupe qui est en cause et c’est le respect et l’application des droits fondamentaux  qui permettent cette émancipation.

 

Par contre ne soyons pas naïfs, non plus, au point de croire que l’Occident est impeccable dans le respect des droits fondamentaux à l’intérieur de son territoire comme à l’extérieur : il est loin de mettre en pratique ce qu’il prône. La force de la légitimité des droits de l’homme serait singulièrement plus forte si nos démocraties étaient exemplaires. Il est inutile d’énumérer la longue liste des violations commises qui ont fait perdre tout crédit moral à ceux qui prétendent « imposer » leurs valeurs. Les lecteurs de NEA say... liront deux articles: l’un portant précisément sur la célébration du soixantième anniversaire de la Déclaration et l’autre sur l’audition organisée au Parlement européen par Giusto Catania en vue de son rapport sur l’Agence européenne des droits fondamentaux. Ces deux évènements avaient des objectifs et des configurations différents; or, dans les deux cas, nombreux furent les participants qui parlèrent de l’hypocrisie, du double discours, du « deux poids, deux mesures », des excès de l’individualisme forcené si bien que chacun pourrait hésiter à choisir entre le poids du groupe et la solitude de l’homme abandonné à lui-même, exclu de la société : la pauvreté n’est-elle pas dans nos pays d’abord la conséquence d’une solitude sans solidarité, pourrait-on dire si on voulait se risquer à commettre un  pléonasme ? Ce double discours a des conséquences politiques redoutables, et les lecteurs verront qu’une des premières conséquences est la perte d’influence de l’Union européenne au sein des Nations Unies, où elle se retrouve progressivement plus isolée. N’y a-t-il pas un lieu plus propice pour l’Union européenne pour qu’elle s’y déploie dans toute l’ampleur de ses valeurs que par ailleurs elle met en avant avec constance? Cela ne doit pas rester de la pure rhétorique.

 

Le respect des droits fondamentaux de la personne est un acquis incontournable, insurpassable et sa visée universelle est pleinement légitime. Réaffirmer l’unicité profonde de l’humanité représente un absolu, s’en détourner ou s’en éloigner feraient courir à l’humanité de grands périls. Certes, reste ensuite à trouver une application harmonieuse de ce droit universel, dans des sociétés encore profondément marquées par la tradition, la religion. Mais si on n’y regarde de plus près, la difficulté n’est pas aussi grande qu’il y parait : chaque culture possède au plus profond d’elle-même des principes communs aux autres cultures : ne fais pas à autrui ce que tu ne veux pas qu’on te fasse à toi-même est commun à Confucius et au christianisme. En matière de tolérance religieuse, on lit dans les Evangiles qu'il y a "plusieurs maisons dans la demeure de mon père", formule que l’on retrouve quasiment identique dans le Coran. Les gènes de la démocratie sont présents dans toutes les cultures (1).

 

Plus que jamais, le message universaliste des droits de l’homme garde toute son actualité. C’est ce message que la Haut Commissaire aux droits de l’homme Mme Navanethem Pillay, est venue porter au Parlement européen à l’occasion de la célébration du 60ème anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’homme.  Elle fit une intervention claire, ferme, avec beaucoup de courage politique car chacun de nous en pressent les risques. Ce discours n’appelle pas de commentaires, ou une de présentation quelconque : il faut simplement le lire. NEA say... le publie.

 

(1) Simonetta di Cagno nous rappelle le petit (85 pages) mais magnifique livre de Amartya Sen, Prix Nobel d'économie: la Démocratie des autres (éd. Payot) Lisez-le !