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EDITORIAL

pdf mise en ligne :31 10 2008 ( NEA say… n° 56 )

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Notre Europe …. ou la réinvention de l’Europe.

Notre Europe …. ou la réinvention de l’Europe.

 

Pourquoi « notre Europe » (1) ? Tout d’abord pour s’approprier la construction de l’Europe, un bien commun, plutôt que s’en remettre à d’autres: s’en remettre  au jeu des rapports de force géopolitiques, ou s’en remettre au libre jeu des forces économiques et intérêts financiers. Ensuite, a-t-on  suffisamment perçu la forte résonance affective de  « notre Europe » ? Elle, si mal aimée de ses propres concitoyens. C’est une invitation à l’aimer davantage. Cet attachement si soudain, si prenant et si torturant qui naît avec la question : et si l’Europe n’existait pas ! Au moment où l’Europe semble prendre un allant nouveau : son affirmation dans la crise financière, sa capacité à reprendre la main parce qu’elle était devenue le dernier recours dans la débâcle financière, son leadership  dans le débat sur l'énergie et le climat. Ajoutons ce  début de « gouvernance économique » qui semble prendre corps : Delors l’a rêvé, Sarkozy s’y attelle. « La zone euro doit disposer d’un gouvernement économique clairement identifié. Une Banque centrale indépendante doit pouvoir dialoguer avec un vrai gouvernement économique : un gouvernement de l’Eurogroupe au niveau des chefs d’Etat et de gouvernement. » Peut-on être plus clair ? Et c’est le Parlement européen qui, à son tour, affirme (par 499 voix contre 130 et 67 abstentions) : « La première réunion des chefs d’Etat et de gouvernement de la zone euro appelle un développement ultérieur ». Quel gouvernement, en Europe, peut rêver d’une majorité parlementaire aussi confortable ?  Et si l’Europe parvenait de surcroît à stabiliser ses rapports avec la Russie dans un partenariat aussi avantageux pour l’une que pour l’autre, alors elle aura tous les moyens de devenir une puissance de premier plan, un repère.

 

C’est l’heure de l’Europe! Elle a déjà un acquis et peut se soumettre sans crainte à la série des tests identitaires, même si, paradoxe, c’est le non européen qui en a une vision plus claire et plus réaliste, plus que l’européen de vieille souche. En elle, on trouve les ressorts de l’influence et de la responsabilité vis-à-vis des autres et la capacité de mettre en cohérence toutes les diversités. Seule, capable de donner du contenu, un sens, un esprit de conciliation, une structure opérationnelle. L’Europe s’appuie sur la légitimité des règles, la puissance toute vertueuse de la norme, de la loi. La force aussi, mais pour l’Europe elle  n’est qu’un élément parmi d’autres,  ni le premier, ni le seul : l’ambition de la puissance continue à choquer l’Europe et la mémoire historique fait surgir en elle des cauchemars dont la puissance dissuasive reste forte. Elle n’a pas de rêve impérial.

 

Dans cette fantastique redistribution des pouvoirs, des richesses, mais aussi des solidarités nouvelles, dans le choc des nouvelles émotions collectives (les peurs, la confiance et l’espoir retrouvés), dans ce long cortège de défis et de risques (défi énergétique, défi climatique, risques sanitaires et alimentaires, proliférations criminelles, exacerbation des flux migratoires), l’Europe se situe incontestablement aux avant-postes. Tout rend la redistribution  des pouvoirs  inévitable. C’est là précisément que l’Europe retrouve toute sa pertinence de meneur, simplement parce que toute son histoire n’est qu’un long apprentissage de la relativité du pouvoir! Elle est mieux préparée  à la nouvelle configuration du monde, plus que la démocratie américaine pour qui le partage stratégique restera toujours problématique. Elle n’a supporté à ce jour que des supplétifs, même et surtout avec l’Europe. La longue marche exemplaire de l’Europe l’a éduquée, façonnée, années après années, échecs et réussites alternés, à cette culture du partage, du compromis. Réfléchissons ! Y aurait-il, quelque part ailleurs, une puissance politique plus convaincante?

 

Des questions encore taboues pour elle: l’euro est-il un véritable succès? Quelle est sa portée réelle ? Au bout du compte, qui nous gouverne ? Bruxelles ?  L’Europe peut-elle nous protéger et en quoi ? Notre modèle social européen est-il réellement condamné à l’illusion du faux-semblant? Avons-nous  besoin de leaders ? Où sont-ils et où est leur légitimité ? L’Europe au secours de la planète, un avatar mégalomaniaque? Pouvons-nous nous imaginer en acteur indépendant de premier plan ? Pouvons-nous dire ce que  nous voulons ? Le confort de l’irresponsabilité ou demander un  nouveau Bretton Woods, une nouvelle Charte de San Francisco ? D’autres prendront naturellement la place qui leur revient.

 

Répondre demande un sursaut: l’Europe doit s'imposer à la sauvagerie de la mondialisation comme un élément régulateur. Si l’Europe ne s’affirme pas, la question de l’existence de l’Europe sera résolue par défaut, dit sans relâche Hubert Védrine, son identité étant absorbée dans un occidentalisme à la fois inquiétant et incertain. Une mobilisation de la grande opinion publique est nécessaire. Qu’elle mesure les dangers de l’absence de l’Europe. Et si l’Europe n’existait pas ?

 

(1) « Notre Europe » est le titre de la fondation créée par Jacques Delors, c’est aussi le titre d’un ouvrage récent d’un collectif d’une vingtaine de personnalités européennes, sous la direction de Nicole Gnesotto et Michel Rocard (ed. Robert Laffont.)