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EDITORIAL

pdf mise en ligne :05 01 2009 ( NEA say… n° 58 )

LIBRE CIRCULATION DES PERSONNES > Elargissement

Nouveau monde, nouvelle donne…

... l’expression fleurit en ce début d’année. Chacun s’accorde assez spontanément, au vu de l’actualité, sur la pertinence du concept tout en évitant d’en définir le contenu. Le monde change, constat d’évidence. Peu à peu émerge un éveil politique planétaire: il va falloir le respecter.

Assurément il y a aussi une nouvelle donne pour l’Union européenne si l’on considère son niveau de réactivité au cours de ces quatre derniers mois. Serait-ce un feu de paille, vite interrompu ? Un accident purement conjoncturel  lié au tempérament du dernier président du Conseil européen ? A la réflexion, cette vision semble peu recevable, les acteurs du jeu européen ont vite perçu les avantages d’une réaction rapide. Certes elle ne fait pas disparaître les divisions et ne résout pas les problèmes par un coup de baguette magique, mais elle évite à coup sûr que les "27" ne  s’égayent, ne se dispersent prématurément dans toutes les directions, multipliant des déclarations imprudentes, souvent difficiles à oublier. D’où alors des conciliations longues, et laborieuses. Une réaction rapide, même au prix d’une expression minimale, vaut mieux que l’attente stérile, ne serait-ce qu’en raison de sa rapidité,  un taux élevé de réactivité a pour effet de tarir le nombre et la diversité des prises de position. Un exemple d’actualité: que surgissent dans les derniers jours de 2008 une nouvelle querelle entre la Russie et l’Ukraine, avec comme risque éventuel un aléa pour  les approvisionnements en énergie dans  certains pays plus que dans d’autres. On a pu constater qu'immédiatement les ministres européens se réunissent sur convocation de la présidence tchèque, dès le 5 janvier sans attendre le 26 janvier, date prévue à l’agenda pour la réunion habituelle du Conseil des affaires générales et des relations extérieures, ce qui eût été la règle il n’y a pas si longtemps. Parallèlement une mission de la présidence et de la Commission européenne est envoyée à Kiev et prendra contact avec Gazprom puisqu’il s’agit d’un différend commercial, selon la terminologie en usage. Les contacts au plus haut niveau politique s'enclenchent, les comité et groupes d'experts se réunissent sans délai...C’est une nouvelle donne incontestablement, même si les esprits chagrins feront toujours remarquer que chasser le naturel, il reviendra au galop. Peut-être ne s’est-on pas aperçu suffisamment que la présidence française s’est aussi accompagnée d’un nouveau « discours de la méthode ». Il doit encore s’enraciner dans la pratique et n’être pas simplement une vertu provisoire en raison de la vitesse acquise et de ce fait appelé à disparaître progressivement.

Quant au scénario de sortie de crise, on peut espérer qu'il sera à l'avenir la confirmation que les sorties de crise se feront par le changement des comportements et non par la réduction des ambitions face à des blocages habituellement qualifiés de procéduraux: le respect de la "procédure", pour ne pas dire de l'habitude, a trop souvent confiné dans un passé récent à de l’idolâtrie, voire à une bigoterie d’un autre temps."L'Europe m'a changé" a confessé le président Sarkozy reconnaissant que son champ de conscience des différents paramètres à mettre en jeu pour atteindre un accord s'était singulièrement élargi au cours de sa présidence .

L’issue de la crise née de la ratification difficile du traité de Lisbonne est désormais balisée, cette issue est crédible et déjà on perçoit la possibilité de promouvoir de nouvelles politiques et des actions communes. La sortie de crise devrait consister pour l’Union européenne à privilégier des politiques et des actions communes toujours plus compréhensibles aux yeux des opinions publiques aux lieux et places des réformes institutionnelles si difficiles à expliquer. Ces nouvelles actions seront d’autant plus acceptables que désormais l’on recourt davantage à la diversité dans leur champ d’action et dans leur mise en œuvre sans pour autant recourir à « des coopérations renforcées" formelles. Cependant une « avant-garde » résolue demeure nécessaire. Le dernier compromis sur le dossier « energie-climat » en est un bon exemple : l’Union européenne menacée de perdre son leadership mondial ,encore fragile, a su trouver en elle suffisamment de lucidité et de ressources pour rechercher, puis trouver les voies d’un accord et la flexibilité, ainsi sauvegardée, a accru la capacité des Etats membres à y souscrire. Energie, climat viennent naturellement à l’esprit concernant ces nouvelles politiques et actions, mais pensons aussi qu’il y a une place pour une stratégie industrielle européenne, fondée sur une grande politique de recherche et de l’innovation (« 2009 année européenne de la créativité et de l’innovation » !). Cela au moment où Barack Obama déclare : « il est temps de remettre la science au sommet de l’Agenda », joignant l’acte à la parole. Les européens, les ndustriels, les chercheurs, les politiques devraient se mettre d’accord pour diagnostiquer quels sont les grands projets sur lesquels nous devons préserver notre existence, notre solidarité, notre indépendance. La bonne dimension pour le patriotisme économique ne peut être que la dimension européenne. Tout cela est à la portée de la main pour peu que soit remis en perspectives le projet politique européen des années cinquante, toujours pertinent. Et que soit apportée à nouveau la preuve de son caractère impératif, urgent.

Il est non moins évident que seule la dimension continentale de l’Union lui permettra (et ses peuples et ses dirigeants en conviennent assez largement)  d’acquérir pleinement sa dimension politique que lui donnera une taille critique finalement atteinte. A quoi s’ajoute le constat d’un monde multipolaire depuis la chute du mur de Berlin et l’émergence  de nouvelles puissances. La marge de manœuvre de l’Union européenne augmente d'autant  ce qui devrait lui permettre de s’affranchir davantage de la tutelle américaine. C’est une opportunité qui lui est offerte, l’opportunité de devenir un acteur global à part entière. C’est une opportunité, mais c’est aussi une nécessité et un devoir. Elle n’est pas, pour autant,  donnée comme acquise  et en surplus de tout le reste, quasi gratuitement. Elle se méritera par l’effort.

 Le nouveau président élu, Barack Obama, a clairement fait entendre (et comment ne pas le croire) qu’il entendait restaurer la crédibilité américaine. De leur côté, les européens attendent des Etats-Unis qu’ils rétablissent leur autorité et leur crédibilité sur la scène internationale, mais ils souhaitent tout autant être mieux écoutés et plus régulièrement consultés. Barack Obama ne doit pas s’attendre, la parenthèse désastreuse de la présidence Bush étant fermée, à ce que l’on en revienne purement et simplement au statu quo ante. Leur intérêt est aussi certainement d’avoir une Europe forte, se déterminant librement.

L’Union européenne a fini l’année 2008 forte des décisions qu'elle a prises et d’une unité retrouvée, à elle de savoir pérenniser cette situation pour affronter l’année 2009 et la crise économique, et peser sur le débat mondial. Certains européens se réveillent surpris d’exister, ils ne doivent pas pour autant restés paralysés, comme interdits devant un tel constat.