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Editorial

pdf mise en ligne :25 01 2009 ( NEA say… n° 60 )

LIBRE CIRCULATION DES PERSONNES > Elargissement

 

Editorial

 

NUMERO SPECIAL « GUANTANAMO »

Pourquoi un numéro spécial ?

Essentiellement pour deux raisons

La première raison tient à des raisons d’ordre pratique : au cours de ces derniers jours les informations sur les décisions prises par le nouveau président,  concernant  le sort de Guantanamo, se sont succédées à un rythme intense et avec une densité peu commune. Le numéro 59 de Nea say…s’est efforcé de refléter cette actualité particulièrement riche et cela en temps réel ou presque. La conséquence naturelle est que le lecteur, selon le moment où il prend connaissance du numéro 59, n’aura pas la même information. C’est une situation discriminatoire inéquitable et c’est la raison pour laquelle nous avons regroupé dans un numéro spécial l’ensemble des mises à jour qui se sont succédées en moins d’une semaine. La consolidation de tous ces textes n’est pas parfaite et sans doute y a-t-il quelque redondance, mais ce défaut nous a semblé préférable à la perte d’information liée à une consultation ponctuelle faite à un moment donné.

A l’avenir la modernisation du site Eulogos (dans le contenu, les fonctionnalités, un flux RSS…) permettra d’éviter ce genre de désagrément. Nous donnons déjà rendez-vous aux lecteurs, dans les prochaines semaines, pour un « Eulogos fait peau neuve ».    

La deuxième raison tient au fait que la décision de fermer Guantanamo marque aussi pour Nea say …une étape importante. Nea say est né presqu’en même temps que la révélation du  scandale des prisons secrètes, des  vols secrets, des révélations de l’automne 2005 du Washington Post. Tous les numéros ont été rythmés par les divers épisodes de la lutte contre le terrorisme et tous ses avatars, nombreux, innombrables diront certains : la contamination, véritable gangrène, affectait tous les pays, y compris ceux de l’Union européenne, dans leur comportement, leur activité législative, la vie politique. Il convenait donc, pour Nea say... ,de marquer l’évènement par un numéro spécial consacré à l’actualité la plus récente. Quant à l’histoire de ces trois dernières années, le lecteur pourra s’en remettre à son moteur de recherche et retrouver dans Nea say…les différents épisodes, les pièces des dossiers les plus illustratifs : par exemple, le rapport de Dirk Marty ou de Claudio Fava ou encore les pièces du dossier Swift, autre avatar de la paranoïa sécuritaire dont nous ne sommes pas encore guéris même après la décision spectaculaire, mais annoncée à l’avance, de Barack Obama.

Bien entendu il est trop tôt pour faire la synthèse de l’histoire, en dresser  le bilan, et osons le dire, en tirer une  morale. Bien des questions concernant Guantanamo restent posées et la fin du symbole de « la guerre contre le terrorisme » ne permet pas encore de tourner purement et simplement la page des dérives de l’administration de George Bush, des complicités actives ou passives, silencieuses ou proclamées, complicités des services dits « secrets » comme dans les instances gouvernementales et leurs administrations. L’heure du bilan n’est pas encore venue, ne serait-ce que pour la raison évidente que la page n’est pas encore totalement tournée. Pour ce qui relève directement de la fermeture du camp, comment trier les détenus? que faire de prisonniers libérables? que faire des détenus les plus dangereux ? Et surpassant le tout, à quoi pouvait bien servir ce site hors normes à tous égards ? quelle a été son efficacité, tant celle-ci nous parait faible au premier regard ? Une nouvelle fois n’avons-nous pas la confirmation que la torture est non seulement immorale mais qu’elle est aussi inefficace ? Est-ce bien la fin de la justice d’exception ? Quelles leçons vont tirer les gouvernements de l’Union européenne de ce revirement, soudain dans sa concrétisation, mais pas inattendu ? Autant de questions qui attendent leurs réponses.

Pour notre part, ce que nous retenons, c’est d’abord l’extraordinaire vitalité démocratique américaine, sinon dès le premier jour assurément depuis les révélations du Washington Post. Qu’aurions nous su des « extraordinary renditions » sans la presse américaine ? C’est sur cette vitalité démocratique que Barack Obama a su s’appuyer avec intelligence et talent, et par là il l‘a consolidée, mais il ne l’a pas créée de toute pièce. Qu’aurait été le dénouement sans Human Rights Watch, American Civil Liberties Union (ACLU) Amnesty international, la Fédération internationale des Droits de l’Homme (FIDH) d’autres encore ? En Europe, la discrétion des gouvernements (parfois leurs dénégations qui maintenant vont se retourner contre eux), celle du personnel politique, des assemblées parlementaires, les lenteurs paralysantes de la justice prennent déjà, et avec le peu de recul que nous avons encore aujourd’hui,  des couleurs qui les font ressembler au  déshonneur. Par contraste le Parlement européen, le Conseil de l’Europe surent relever l’honneur démocratique du respect des droits  de l’homme, de tout homme de chaque homme.

C’est un épisode important de notre histoire contemporaine au même titre que la guerre froide à laquelle l’apparentent  bien des épisodes. Cette histoire a déjà son John le Carré et son « espion qui venait du froid », avec « Empire State » de Henry Porter. Dés 2003 ! il décrivait avec une précision hallucinante ce que les rapports et enquêtes allaient révéler. Roman d’espionnage haletant aux rebondissements nombreux, aventures incroyables mais qui furent pourtant celles réellement vécues  par un  Abou Omar (un parmi bien d’autres) enlevé en pleine ville de Milan, sur le trottoir au milieu des passants, vers cinq heures de l’après midi.