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Editorial

pdf mise en ligne :16 02 2009 ( NEA say… n° 61 )

LIBRE CIRCULATION DES PERSONNES > Elargissement

 

La crise pour tous….et chacun pour soi a-t-on entendu à plusieurs reprises. L’objectif n’est pas ici d’ajouter une nouvelle analyse, un nouvel éditorial à tous ceux, nombreux, qui ont paru dans la presse internationale sur ce sujet. Tout aussi nombreuses furent les tentations et tentatives du chacun pour soi. Le but serait plutôt un essai pour mettre en évidence non pas tel ou tel mode d’une possible sortie de crise, mais de souligner comment accompagner la crise aussi longtemps qu’on n’en est pas sorti, puis comment assurer une convalescence sans grave rechute ou séquelles irréversibles pour les plus fragiles.

 

Sur la dimension internationale de la crise, disons simplement que la menace n’est pas tellement un protectionnisme explicite, agressif, affirmé à défaut d’être proclamé, mais bien le danger insinuant qui viendrait de politiques nationales spécifiques qui comme telles imposeraient un coût aux autres, indirectement ou plus frontalement. Pourquoi ?

 

La crise a accru les soupçons que l’opinion publique fait porter à l’économie mondiale qui pour elle serait la cause d’une bonne partie des difficultés qu’elle rencontre. Cette opinion publique exige de l’action et les gouvernements doivent répondre sans délai, fut-ce au détriment de la coopération internationale  et européenne, fut-ce à l’encontre de l’efficacité et de la cohérence. Nulle agressivité  ou compétition exacerbées, mais des tentatives désespérées de protéger les économies nationales, croyant ainsi protéger les populations qui se sentent abandonnées à elles-mêmes, sans perspectives de « s’en sortir », face aux discriminations et aux inégalités croissantes.

 

Chacun pour soi…ou l’innovation sociale. L’Obamania comme tout engouement est sélectif et n’a pas remarqué que parmi les nombreuses initiatives prises en rafale par le nouveau président figure la création en cours  à la Maison Blanche « d’un bureau de l’innovation sociale ». Sa mission exacte reste encore mal connue. Est-ce le signe que pour sortir de cette crise, dont la gravité marque l’échec du système actuel prédominant, Barack Obama  compte investir sur ceux qui s’efforcent d’inventer de nouvelles façons de travailler, d’agir dans la société, de consommer ?  Le président Obama peut prétendre parler en expert : n’a-t-il pas commencer sa vie active comme travailleur social dans les quartiers déshérités de Chicago ? L’appellation « d’innovation sociale » est un concept fourre-tout, pas encore stabilisé (peut-il l’être un jour ?) existe depuis longtemps, tous les courants de pensées et familles politiques s’en réclament plus ou moins, mais il a un dénominateur commun : par les gens et pour eux ! Jusqu’à aujourd’hui les innovateurs sociaux apparaissent comme des sortes de pompiers du domaine social qui faisant la part du feu s’efforcent d’en limiter la propagation. La nouveauté est que l’on s’interroge pour savoir s’ils ne pourraient pas intervenir beaucoup plus en amont : ne pourraient-ils pas concevoir des réponses à des défis plus grands comme l’économie ou l’environnement ou ceux de la vie quotidienne : transports, garde d’enfants, prise en charge des personnes âgées. Face à une crise que les économistes ont bien du mal à cerner, cette voie pourrait attirer une attention grandissante et ce qui vient de la Maison Blanche est un signal fort. Comme l’est aussi celui donné par le président de la Commission européenne José Manuel Barroso qui le 20 janvier dernier recevant des experts en « innovation sociale » a déclaré que « la crise financière et économique a encore accru l’importance de la créativité et de l’innovation en général, et de l’innovation sociale en particulier ».

 

Rappelons que depuis 2000 l’Europe soutient des expérimentations sociales dans le cadre du programme EQUAL. Intuitivement on sent bien qu’on peut  trouver dans l’innovation sociale un profond renouveau à l’ensemble des politiques, aux interventions de la puissance publique, voire réconcilier les citoyens avec ceux qui les gouvernent, autre façon de sortir de la crise. Ce n’est pas une panacée, mais l’innovation sociale peut donner l’élan et l’envie du changement, pour « s’en sortir » et s’en sortir grandis, fortifiés.

 

Recevant des experts en innovation sociale après un atelier organisé sur le sujet  par le Bureau  des conseillers de politique européenne du président (BEPA), le président Barroso proposait une définition de l’innovation, de son champ d’application de son mode de fonctionnement : « par innovation sociale,  on entend la conception et la mise en œuvre de réponses créatives aux besoins sociaux. L’innovation sociale recouvre un large éventail de domaines, allant des nouveaux modèles de protection de l’enfance aux réseaux sociaux fondés sur la technologie web, et des soins de santé à domicile aux nouvelles formes de promotion des moyens de transport durables. Elle peut contribuer à l’amélioration des modèles de soins aux personnes âgées, à la réduction des émissions de carbone grâce à une adaptation des habitudes de travail et de voyage ou à un meilleur accompagnement et un meilleur soutien des plus jeunes dans leur transition vers l’âge adulte. L’Europe a une grande tradition d’innovation sociale. Sa société civile est extrêmement développée et regorge d’entreprises sociales. Parmi les exemples d’innovation sociale mis en évidence au cours de la réunion, on note : une initiative créant des partenaires locaux dans le but de réintégrer les exclus de la société, les sans-abri, les détenus sortant de prison ou les jeunes sortant de l’orphelinat ; une initiative européenne associant les autorités locales , des entreprises et le monde associatif dans le but d’aider de jeunes adultes non qualifiés à retrouver le chemin de l’apprentissage et du travail ; une communauté qui accueille et aide des personnes socialement marginalisées et des toxicomanes à remonter la pente ».

 

Le contexte général, c’est « l’agenda social renouvelé », lancé en juillet 2008. Cet appel à l’innovation sociale est lui aussi un signal fort tout comme celui venant de la Maison Blanche, constatons qu’il n’a pas rencontré l’écho qu’il méritait dans la presse européenne qui, une fois de plus, a préféré consacrer ses éditoriaux sur les rumeurs et les états d’âme du microcosme bruxellois.