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Les défenseurs des droits de l’homme américains déçus par Obama. L'attente était trop grande, l'impatience insatisfaite

pdf mise en ligne :28 02 2009 ( NEA say… n° 62 )

ASILE > Eurodac

La route est longue disent les défenseurs des droits de l’homme, comme est longue la liste des récriminations et des demandes et  grande est aussi  leur impatience. Les défenseurs des droits de l’homme, inquiets,  dressent la liste des décisions ou « attitudes troublantes »

 1-. Concernat la Base de Bagram, Human Rights Watch (HRW) a dénoncé l'absence de garanties juridiques dont pourraient bénéficier les prisonniers. De nombreux anciens détenus ont témoigné des tortures et des mauvais traitements. Des travaux d'extension de la prison d'une valeur de 60 millions de dollars ont commencé.

 

La Maison Blanche a également surpris en adhérant à l'argumentaire de l'administration Bush pour refuser d'accorder aux détenus de la base américaine de Bagram, en Afghanistan, les mêmes droits que ceux des prisonniers de Guantanamo. Quatre détenus, capturés hors de l'Afghanistan et emprisonnés sans procès depuis des années, réclamaient le droit de contester leur détention devant la justice américaine. "L'administration Obama va-t-elle s'engager à ne pas envoyer de gens à Bagram au lieu de Guantanamo ?", s'interroge Kenneth Roth. de HRW.

 

 

2-.Trop de questions restent en suspens. Les décisions que les défenseurs des droits de l'homme attendent de l'administration Obama :

 

- rejoindre le Conseil des droits de l'homme de l'ONU ;

 

- signer le traité de la Cour Pénale internationale (CPI) dénoncé par l'administration Bush ;

 

- indiquer son intention de ratifier les traités sur les mines, les bombes à sous-munitions, les disparitions forcées ;

 

- remettre en cause l'aide aux pays traités par George Bush comme des alliés dans la "guerre contre le terrorisme", mais commettant des violations des droits de l'homme (Ethiopie, Egypte, Pakistan)

 

 

3-. Pas assez de ruptures nettes avec les pratiques du passé : "Il ne s'est pas encore engagé à rompre radicalement avec les politiques criminelles de l'administration Bush", explique Kenneth Roth, directeur exécutif de Human Rights Watch (HRW). Des "premiers pas positifs", reconnaît-il : telles que la promesse de fermer d'ici un an le centre de détention de Guantanamo, la fermeture du réseau de détention secret de la CIA ou l'abandon de techniques d'interrogatoire s'apparentant à la torture.  Mais dans la colonne des débits on peut inscrire le choix de la secrétaire d'Etat, Hillary Clinton, d'occulter la question des droits de l'homme lors de sa récente visite en Chine, est "une énorme déception" et "une décision naïve", estime aussi M. Roth, pour qui Mme Clinton "a fait un cadeau à la Chine". (cf autre information concernant la présentation  du rapport annuel du Département d’Etat sur les droits de l’homme)

 

4-. La poursuite des extraditions : les doutes avaient commencé plus tôt. Le 13 février, les très conservatrices pages éditoriales du Wall Street Journal se réjouissaient de ce que M. Obama ait "épousé" certaines des pratiques antiterroristes de son prédécesseur. "Le lobby anti-antiterrorisme perd un homme qu'il pensait être son allié le plus robuste", ironisait le journal. Le 17 février, Gabor Rona, directrice du droit international pour Human Rights First, écrivait, dans une revue juridique : "Pour certains fans du respect de la loi, le temps de porter des toasts est terminé." Le lendemain, le New York Times titrait que "La guerre contre le terrorisme d'Obama pourrait ressembler à celle de Bush".

 

5-.Les défenseurs des droits de l'homme craignent surtout que l'administration Obama adhère à la doctrine de George Bush selon laquelle les Etats-Unis sont en conflit contre Al-Qaida, ce qui leur permet d'invoquer le droit de la guerre pour détenir sans procès, et de manière illimitée, tout ennemi capturé sur le champ de bataille du nouveau siècle : la planète.  Pour autant il convient de rappeler qu’il a banni le terme de guerre contre la terreur. Au cours d'auditions de confirmation, le ministre de la justice de M. Obama, Eric Holder, et Elena Kagan, choisie pour le représenter devant les tribunaux, ont semblé abonder dans ce sens, estimant qu'un financier d'Al-Qaida capturé aux Philippines pouvait théoriquement être détenu sans procès.

 

6-.La Maison Blanche de M. Obama a créé un groupe de travail qui se prononcera dans six mois sur les politiques de détention, et notamment sur le sort des quelque 245 détenus qui restent à Guantanamo Bay.  (cf autre information dans le présent numéro sur : «que faire des prisonniers de Guatanamo ? ») mais en attendant, elle n'a pas exclu de poursuivre l'extradition (« rendition »), hors de tout cadre juridique, de prisonniers de la CIA vers des pays tiers - il n'est toutefois plus question, comme durant les années Bush, de permettre leur transfert, à des fins d'interrogation, vers des Etats utilisant la torture. Tout cela explique aussi les difficultés qu’ont et qu’auront les européens à trancher dans leur indécision commune concernant l’accueil des ex-détenus , un point particulièrement sensible pour eux. Leur visite à Washington sera compliquée et décisive. (Cf dans le même numéro la résolution du Parlement européen sur les détenferts illégaux et détentions secrète de la Cia)

 

7-. Les organisations non gouvernementales (ONG) se sont par ailleurs indignées que l'administration Obama invoque, comme l'administration Bush, le "secret d'Etat" pour rejeter,  l'action en justice de cinq anciens détenus kidnappés par la CIA et envoyés, avec l'aide d'une filière de Boeing (Jeppesen DataPlan), dans des pays où ils disent avoir été torturés. Il nous faut bien constater (cf dans le présent numéro l’article de compte rendu du Conseil des ministres des affaires intérieures et de la justice) que les ministres européens, eux aussi,  récusent explicitement l’existence possible de « secret non communicable ».

 

Il est sans doute excessif de franchir le pas qui consisterait à soupçonner Obama de vouloir blanchir l’administration Bush : l’enquête sur le passé ne démarre pas, un rapport du Pentagone déclare que Guantanamo est conforme aux conventions de Genève etc. font-ils remarquer. Mais la route sera longue qui permettra d’atteindre une plus grande sérénité dans le traitement du terrorisme et l’impatience des défenseurs des droits de l’homme est grande.