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Editorial: Comment sera le monde en 2025 et que vous dira alors Nea say...?

pdf mise en ligne :02 03 2009 ( NEA say… n° 62 )

LIBRE CIRCULATION DES PERSONNES > Elargissement

 

Comment sera le monde en 2025 et que vous dira alors Nea say… ? C’est un lointain écho du quatrième rapport du « National Intelligence Council » (1) paru fin 2008. Le but n’est pas ici de se livrer à un quelconque exercice de géopolitique, mais de stimuler la réflexion sur le futur et sur quelques tendances essentielles habituellement abordées dans Nea say et l’espace de liberté, de sécurité et de justice. Nous nous efforçons, très brièvement, de décrire deux ou trois facteurs susceptibles de modeler les évènements à venir, beaucoup  plus qu’à prédire : nous sommes dans une histoire sans issue claire. Certes, le système international sera planétaire et  multipolaire, les écarts entre pays développés, pays émergents et certains pays en voie de développement continueront à se resserrer. En même temps la volonté et la capacité des nouveaux acteurs qu’ils soient étatiques ou non de prendre de nouvelles responsabilités demeurent incertaines. La problématique des ressources stratégiques (énergie, eau, denrées alimentaires) prendra une place de plus en plus importante dans l’agenda international. Le rythme de l’innovation technologique sera déterminant, mais les modalités restent encore largement inconnues : les technologies actuelles ne permettent pas encore, par exemple, de remplacer le modèle traditionnel de consommation énergétique, aujourd’hui seule domine dans les consciences (et pas partout) l’ardente obligation de le remplacer au plus tôt.

 

Retenons trois facteurs, parmi beaucoup d’autres, qui vont gouverner notre avenir et que nous traitons régulièrement : la démographie des tensions, le terrorisme avec des bonnes et des mauvaises nouvelles, les femmes agents de grands changements que le NIC qualifie de « changements géopolitiques ».

 

La responsabilisation économique et politique des femmes va transformer le paysage mondial : presque partout, y compris en Asie et en Amérique latine, les femmes atteignent de plus haut niveau d’éducation que les hommes. Cette tendance aura des conséquences lourdes dans une économie mondiale grosse consommatrice de capital humain. Si les données sur l’engagement politique des femmes sont moins concluantes que celles concernant leur participation à l’économie, leurs responsabilités politiques accrues seront porteuses de changements dans les  priorités des gouvernements : plus grande importance donnée aux questions de société, la santé, l’éducation, l’environnement, une meilleure gouvernance y compris sur le plan de la corruption, la préférence à des programmes sociaux plutôt qu’à des programmes militaires.

 

Changer de lieu pour des populations, les unes en déclin et les autres en croissance, phénomène universel et d’une ampleur nouvelle. Pendant ces vingt prochaines années, la migration nette de population des zones rurales vers les villes et des pays les plus pauvres vers les pays les plus riches va continuer au même rythme sinon à un rythme encore plus rapide, alimentée par un écart grandissant en termes de sécurité économique et physique (en raison de la prolifération de conflits de toute nature) entre régions voisines ou éloignées. Les routes des migrations seront en perpétuel changement à la fois pour contourner les entraves mises à ces déplacements mais aussi parce qu’apparaissent de nouveaux pôles d’industrialisation et de développement. Une nouvelle démographie « identitaire » va émerger et renforcer des tendances déjà présentes: des variations dans la composition ethnico-religieuse résultant de l’immigration vont alimenter des changements de nature politique. Les efforts d’assimilation et/ou d’intégration deviendront plus compliqués et devront s’intensifier. L’Europe de l’ouest doit se préparer à vivre avec un flux annuel d’au moins un million d’immigrants et un foyer de plus de 35 millions de natifs d’autres pays et principalement d’origine musulmane. Les politiques d’immigration et d’intégration et les confrontations avec les conservateurs musulmans sur l’éducation, les droits des femmes, la relation entre l’Etat et la religion marqueront fortement la vie politique, déstabilisant tous les partis politiques, renforçant les partis de droite et fragmentant les coalitions de partis de gauche. C’est plus ou moins une trentaine de millions de musulmans que comptera l’Europe de l’ouest. En dépit d’une couche assez large de musulmans intégrés, un nombre de plus en plus grand d’entre eux, animé par un sentiment d’injustice et d’aliénation risque de choisir de vivre en vase clos, dans des quartiers aux cultures et aux pratiques religieuses spécifiques. Les problématiques les concernant seront susceptibles de façonner la vie politique y compris sur le plan des relations internationales et pas seulement concernant le conflit du Proche-Orient : les Etats de départ seront de plus conditionnés par leur diasporas, sources de revenus considérables et dont l’influence politique grandissante en fera des décideurs politiques de premier plan dans leur pays d’origine.

 

Terrorisme : bonnes et mauvaises nouvelles. En 2025, il est peu probable que le terrorisme ait disparu totalement, mais il aura sans doute perdu beaucoup de son attrait. Mais aussi, d’ici 2025, la diffusion des technologies et des connaissances scientifiques mettra des moyens dangereux à la portée de groupes terroristes. La vague terroriste se réclamant d’Al-Qaïda et de ses avatars, déjà aujourd’hui essoufflée, vieillissante, est condamnée au déclin en raison de sa faiblesse stratégique (objectifs hors de portée, incapacité à se doter d’une large base populaire, les actions autodestructrices frappant surtout des musulmans les détournent de toute sympathie). Les efforts antiterroristes devront donc se concentrer sur les raisons d’être et les conditions d’apparition d’éventuels successeurs. En ce sens la stratégie actuelle de l’Union européenne qui met l’accent sur la prévention, singulièrement en matière de radicalisation et de recrutement, va dans le bon sens.

 

En conclusion : l’Europe acteur global ? la diversité accrue et la puissance grandissante d’un plus grand nombre de pays annoncent aussi une perte de cohésion et d’efficacité du système international. La plupart des puissances émergentes réclament déjà d’avoir plus de voix dans les instances internationales. L’hégémonie d’un seul n’est plus possible. Parmi ces nouveaux acteurs l’Europe sera-t-elle, à son tour,  un nouvel acteur ? Bien évidemment l’américain  qu’est le « National Intelligence Council »  répond par la négative ! « Nous pensons qu’en 2025 l’Europe n’aura que lentement avancé dans la concrétisation du projet de ses élites et de ses dirigeants actuels : celui d’un acteur mondial cohérent, intégré et influent, capable d’user en toute indépendance d’une panoplie complète d’outils politiques, économiques et militaires pour défendre les intérêts européens et occidentaux et les idéaux d’universalité. L’Union européenne devra remédier au sentiment croissant d’un déficit démocratique entre Bruxelles et les électeurs, et dépasser le débat interminable sur ses structures institutionnelles ».

 

Vision partielle et partiale, mais reconnaissons que le « NIC »  a su rassembler de façon synthétique les ingrédients essentiels d’une Europe, futur « acteur global ». Mais in fine il avertit : au sein de l’Europe, la première menace pourrait être la criminalité car les organisations transnationales, disposant de fonds importants grâce à leur participation dans les intérêts énergétiques et miniers, gagnent en puissance et étendent leur champ d’action. Il se pourrait, dit-il, qu’un ou plusieurs gouvernements d’Europe centrale ou orientale tombent sous leur coupe….La criminalité internationale organisée, un autre thème de l’Espace de liberté, de sécurité et de justice !

 

(1) Les lecteurs pourront toujours consulter une édition française de « Comment sera le monde en 20025 ? », celle publiée  par Robert Laffont sous le titre accrocheur de « Le nouveau rapport de la CIA ». Mais nous préférons les renvoyer à l’édition publiée sur le site du « National Intelligence Council »