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Contrôles antidopages : les sportifs sont contre le système de « localisation », mais ils restent divisés et les autorités européennes sont surtout sensibles à la protection de la « vie privée ».

pdf mise en ligne :03 03 2009 ( NEA say… n° 63 )

ASILE > Système d'information Schengen

Après le patron de l'Union européenne de football (UEFA), Michel Platini, c'est au tour de l'association des syndicats de sportifs professionnels français (Fnass) de s'opposer à la nouvelle réglementation antidopage qui oblige, depuis le 1er janvier, les sportifs à donner leur localisation afin de se rendre disponibles (une heure par jour) pour d'éventuels contrôles inopinés. A l'instar du joueur de tennis espagnol Rafael Nadal ou du footballeur allemand Michael Ballack, plusieurs sportifs ont vivement critiqué ce principe - en vigueur depuis plusieurs années dans le cyclisme - au nom du respect de leur vie privée. L’Agence mondiale antidopages (AMA) défend son système.

 

Or la nouveauté est que depuis le 1er janvier, de nombreux sportifs de haut niveau doivent communiquer leur emploi du temps détaillé à leur fédération internationale ou à leur Agence nationale antidopage, pour permettre des contrôles inopinés. Ce genre de procédé existait déjà dans certains sports comme le cyclisme. Mais les footballeurs ou les joueurs de tennis, par exemple, le découvrent. Certains dénoncent un "flicage". Une heure par jour à disposition des contrôleurs. Depuis le 1er janvier, de nombreux sportifs doivent communiquer, sur Internet, leur agenda du trimestre à venir. Ces athlètes sont choisis par leur fédération nationale et/ou l'Agence nationale antidopage. L'athlète doit être joignable une heure par jour (entre 6 heures et 23 heures) à une adresse précise. Le but de cette localisation est de permettre des contrôles inopinés, beaucoup plus efficaces que ceux réalisés lors des compétitions. Celui qui manque trois contrôles peut faire l'objet d'une sanction disciplinaire, d'une à deux années de suspension. Ce système de localisation existait déjà, en plus contraignant, dans le cyclisme ou l'athlétisme : son exigence était de 24 heures sur 24, sept jours sur sept.Telle exigence ne heurte pas que des sportifs. "C'est scandaleux, juge le député du Nord Christian Hutin (MRC), président du groupe "Etudes éthique et dopage dans le sport" à l'Assemblée nationale. Il faut mettre des règles afin que ça ne devienne pas un bracelet électronique."

 

Alex Türk, président de la Commission nationale de l'informatique et des libertés (CNIL), se dit "perplexe" : "Nous sommes devant un équilibre à trouver", assure-t-il, entre la lutte contre le dopage et la garantie du droit individuel. M. Türk, également président du G29, le groupe qui réunit à Bruxelles les "CNIL" européennes, devrait donner un avis "plus tranché" en avril. Après avoir écouté l'Agence mondiale antidopage et l'Agence française de lutte contre le dopage, il a demandé à recevoir l'Union nationale des footballeurs professionnels.

 

 Qu’en pensent des sportifs : le footballeur Mickaël Landreau, gardien de but du Paris Saint-Germain, et le cycliste Thomas Voeckler, coureur de Bouygues Telecom ? Ils confrontent leur vision de ce dossier dans le journal le Monde du 3 mars . Pourquoi les footballeurs rechignent-ils à communiquer leur agenda comme le font depuis plusieurs années les cyclistes ?

Michael Landreau : Je ne comprends pas pourquoi donner notre emploi du temps, puisque nous sommes presque toute l'année au même endroit : au camp d'entraînement. Si nous n'y sommes pas, c'est que nous faisons un stage. C'est la principale différence entre les sports collectifs et individuels : tout le monde sait où nous nous trouvons. Et pourquoi seuls les capitaines sont-ils concernés (par l'exigence de localisation) ? J'espère que ce n'est pas un coup médiatique. Thomas Voeckler : Il y a beaucoup de contrôles positifs lors des visites inopinées : cette localisation est donc nécessaire. Je ne veux pas critiquer les autres sports, mais ce n'est pas parce que vous êtes footballeurs, même très célèbres, que vous devez passer à travers. Même les plus grands coureurs s'y plient. On vit du sport, cela implique des devoirs.

 

 

 

Avez-vous l'impression que l'Agence mondiale antidopage viole votre vie privée ?T. V. : J'avais cette impression au début, c'est pour cela que je comprends pourquoi les footballeurs râlent. Mais tout le monde n'a pas accès à mon emploi du temps. C'est contraignant. Je ne dirais jamais que ce n'est pas chiant. On ne peut pas dire : "Je suis chez un proche." Il faut donner une adresse précise. Je dis que je suis disponible chez moi, tous les jours, de 9 heures à 10 heures, sauf quand il y a une compétition. S'il y a un changement, je peux l'indiquer par SMS. Si vous n'y êtes pas parce que vous avez été coincé dans un embouteillage et que les contrôleurs viennent, cela sera considéré comme un contrôle manqué : ils n'ont pas le droit de téléphoner pour vous demander de venir. M. L. : Cette localisation me dérange, car je ne veux pas qu'on entre dans ma vie privée. Je me dois de protéger ma famille. Mais d'un autre côté, si j'affirme que c'est un scandale, ça reviendrait à dire que je ne suis pas concerné par la lutte contre le dopage. J'y suis pourtant favorable. Qu'on me prenne mes cheveux s'il le faut, mais qu'on nous laisse trois semaines de tranquillité pendant les vacances...

 

 

 

Michel Platini, le président de l'Union européenne de football (UEFA), souhaite, justement, une absence de contrôles pendant les vacances...T. V. : Pas d'assouplissement ! Cela ouvrirait une brèche et certains en profiteront pour tricher. On gagne confortablement notre vie, on peut accepter les contraintes. Le vélo a une image dégradée, nous avons une grosse crédibilité à retrouver. Je préfère avoir des contrôles positifs dans un sport, ce qui veut dire que la lutte marche, que de voir l'inverse, lorsqu'on ne fait rien et qu'on dit que tout va pour le mieux... Assouplir les règles reviendrait à remettre en cause la lutte antidopage. Mais si les footballeurs refusent de s'y plier, les cyclistes seront des imbéciles : il ne peut y avoir deux poids deux mesures. Il ne faut pas être naïf : dire que le dopage n'existe que dans le vélo serait malhonnête.

 

Combien de fois avez-vous été contrôlé en 2008 ? T. V. : Une dizaine de fois de manière inopinée à mon domicile et une vingtaine de fois en course. Faut y mettre du sien ! J'ai entendu dire que certains coureurs affirmaient qu'ils étaient en croisière, comme cela, personne ne pouvait venir les contrôler (rires). Je ne peux pas partir sac à dos une semaine à l'aventure... Mais, pour moi, le contrôle inopiné est la seule solution pour pister et attraper les tricheurs.

M. L. : J'ai eu un contrôle inopiné. Notre équipe, c'était cinq fois, avec un tirage au sort sur trois joueurs. Ça prouve qu'on peut faire toute une carrière sans être contrôlé. Par ailleurs, trois fois par an, en janvier et en septembre, on fait une prise de sang dans le cadre du suivi longitudinal (qui permet de détecter une anomalie mais pas de sanctionner).

 

Propos recueillis par Mustapha Kessous

Article paru dans l'édition du 03.03.09.