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EDITORIAL

pdf mise en ligne :10 03 2006 ( NEA say… n° 07 )

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Les femmes et les enfants d’abord?

Cette boutade bien connue, notamment par les français, et pas toujours utilisée avec toute la délicatesse souhaitée, introduit l’éditorial de cette semaine. Le lecteur aura remarqué qu’elle est suivie d’un point d’interrogation et non d’un point d’exclamation. En effet on peut s’interroger: les femmes et les enfants sont-ils une réelle priorité dans la construction européenne? Cette année encore, l’Europe a largement consenti au rituel de la journée internationale de la femme du 8 mars et NEA say… y fait largement écho. Nous n'attendrons pas l’année prochaine pour aborder à nouveau la question: dès la semaine prochaine, nous redrons compte du débat en séance plénière du Parlement européen sur la création de l’Institut européen des genres. Fin mars, avec le sommet de printemps des chefs d’Etat et de gouvernement, seront débattues les suites à donner au rapport annuel de la Commission et à sa feuille de route concernant l’égalité hommes-femmes.

Cette année, un certain infléchissement est à signaler. Dans l’âpre concurrence de la mondialisation, l’Europe doit mobiliser toutes ses ressources humaines. Le fait-elle réellement lorsque l’on considère le sort des femmes et la perpétuation d’une négligence d’un autre âge. Il y a là manifestement un mauvais calcul et les implications avec la stratégie de Lisbonne ont été soulignées, sans doute pour la première fois. Mauvais calcul, en effet, lorsqu’on examine les statistiques: elles sont les mieux éduquées et plus diplômées, plus souvent que les hommes au chômage, confinées dans des activités de second rang et n’accédant aux grandes responsabilités qu’exceptionnellement. Ce paradoxe pénalise l’Europe dans son développement. La dimension extérieure du problème et la situation des femmes immigrées a été soulignée aussi. La Commission a pris à cet égard une position forte et claire. La Turquie a tenu une place importante dans cette célébration de la journée de la femme: colloques, discours ateliers qui voudraient nous convaincre de sortir des stéréotypes; nous ne demandons qu’à être convaincus, par les faits. Un thème a été repris au niveau mondial: la participation de la femme aux prises de décisions économiques et politiques. .Dans la partie documentaire de cette édition ("Des nouvelles rapides…"), une est réservée aux Nations Unies, dont les travaux manquent de publicité, victimes de la même malédiction qui frappe l’Union européenne. Enfin, le Parlement européen a sorti, avec le Conseil de l'Europe, son "carton rouge" à l’approche de la Coupe du Monde de football et de la recrudescence prévisible d’une prostitution forcée. C’est bien "joué" de sa part!

Dans ce contexte de célébration de la femme, le rapport du réseau EURONET sur les enfants vient à son heure: multiplication des mauvais traitements et abandons, criminalité pédophile grandissante, éclatement des familles trop vite déresponsabilisées, et signes inquiétants de pauvreté grandissante, et même de misère extrême.

L’actualité est aussi à New-York, avec les débats sur la création du nouveau Conseil des droits de l'homme; l’Union joue un rôle tout à fait positif, le Parlement se montre vigilant par la voix de plusieurs députés. Cette mobilisation suffira-t-elle? Nous le saurons la semaine prochaine, mais les risques d’un statu quo insatisfaisant sont grands.

Les droits fondamentaux de la personne sont présents dans plusieurs dossiers. Comment concilier la liberté d’expression et la tolérance avec la cohabitation de cultures si différentes que les migrations (et la mondialisation) ont rapprochées? La crise des caricatures s’apaise et nous entrons dans une phase de reconstruction du dialogue, chacun prenant conscience de l’urgence à rechercher nos ressemblances: le Conseil de l’Europe multiplie les initiatives, nous rapporte Claude Brulant, la Commission poursuit une action entreprise de longue date, les ministres des Affaires étrangères donnent le ton, imams et rabbins vont se rencontrer pour la seconde fois, un écrivain-poète nous invite à réconcilier l’Islam et les "Lumières". Réussissons enfin ce rendez-vous amorcé au XIXe siècle, mais raté par le XXe siècle.

Le vice-président de la Commission, Franco Frattini, lors d'une audition par le Sénat français, fait le point sur les mesures récentes et futures concernant l’immigration illégale. Il est grand temps que la France prenne conscience, enfin, de la dimension incontestablement européenne du problème de l’immigration, au moment où elle s’apprête à arrêter une loi dans ce domaine. Ce n’est pas une affaire de compétences institutionnelles ou de souveraineté nationale, mais de réalisme et d’efficacité. Le Parlement européen commence à récolter les premiers fruits de son action opiniâtre en matière de centres de rétention: après ses visites à Lampedusa, Ceuta, Mellila, c’est au tour de Paris d’avoir reçu la visite des parlementaires européens. Mais fort opportunément, le ministre de l’intérieur français, Nicolas Sarkozy, a décidé, quelques jours auparavant, de fermer le centre de Paris. Il y a là une action du Parlement européen, peu visible de l’opinion publique, mais exemplaire par son efficacité et ses résultats. La crédibilité de l’Union est en jeu: elle ne peut donner des leçons, ailleurs, demander la fermeture de Guantanamo, par exemple, et avoir, chez elle, des centre de rétention pour immigrés illégaux qui la déshonorent. Le rapprochement avec Guantanamo est certes excessif car la nature de l’un, par son ampleur et sa gravité, diffère de l’autre, mais il faut reconnaître qu’il y a une certaine parenté, fut-elle lointaine.

La commission temporaire d’enquête du parlement européen concernant les allégations des pratiques de la CIA sur le territoire européen s’est mise au travail avec sérieux et détermination. A peine vient-elle de commencer ses travaux qu’apparaissent des critiques: elles sont difficiles à justifier, sauf par ceux qui ne souhaitent pas de résultats. Or, beaucoup de ces critiques viennent de ceux qui souhaitent sincèrement l’aboutissement de leurs travaux. A ceux-là on pourrait recommander de bien mesurer l’enjeu du travail, difficile, entrepris par eux. L’enjeu n’est-il pas la sauvegarde et la promotion du système de valeurs de l’Union européenne et une meilleure perception de ses véritables intérêts géostratégiques? Les preuves, si elles peuvent être obtenues, constitueront un résultat positif donné en surplus du reste.