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Vie privée sur internet : la polémique Facebook vue par le journal le Monde

pdf mise en ligne :05 03 2009 ( NEA say… n° 63 )

ASILE > Système d'information Schengen

Parmi les nombreux articles publiés sur le sujet, deux d’entre eux publiés par le journal le monde font bien la synthèse de l’histoire et décrivent bien les enjeux. Le spoliateur en puissance, Facebook, qui s’approprie les données des autres, par une volte-face audacieuse qui laisse pantois et admiratifs les témoins : Facebook se réclame de la démocratie participative et à cet effet il soumet aux usagers (175 millions et plus) l’adoption d’une Constitution appelée « liste de droits des usagers et de principes » qui une fois établie sera soumise à un vote quand la liste des principes aura atteint le quorum de 7 000 commentaires. Tout cela à la veille de l’audition du Parlement européen (Cf autre information dans le présent numéro) audition intitulée: « Renforcement des libertés fondamentales et de la sécurité sur Internet »

 D’emblée le journal le Monde pose la question essentielle d’une nouvelle forme d’aliénation, pire que celle du serf par rapport à son seigneur : Appartenons-nous définitivement à Facebook ? C'est ce qu'ont pu se demander, pendant une quinzaine de jours, ses 175 millions d'adeptes. En modifiant, le 4 février, les conditions d'usage de son site, le réseau social numérique le plus fréquenté du monde s'était en effet arrogé, de manière perpétuelle, tous les droits sur les contenus mis en ligne par les utilisateurs. Devant le tollé provoqué par cette mesure, le site a toutefois annoncé, mercredi 18 février, qu'il revenait sur sa décision. »

 

Tout d’abord quels sont les faits d’une histoire compliquée : une annonce spectaculaire, puis retour inopiné en apparence du moins aux anciennes conditions d’utilisation ?

 

"Vous accordez à Facebook le droit irrévocable, perpétuel, non-exclusif, transférable et mondial (avec l'autorisation d'accorder une sous-licence) d'utiliser, copier, publier, diffuser, stocker, exécuter, transmettre, scanner, modifier, éditer, traduire, adapter, redistribuer n'importe quel contenu déposé sur le site", peut-on lire dans les conditions d'utilisation qui accompagnent l'inscription sur le site. L'internaute peut toutefois reprendre les droits sur ses données grâce à la mention suivante : "Votre contenu d'utilisateur peut être effacé du site à n'importe quel moment. Si vous l'effacez, le droit accordé à Facebook évoqué précédemment expirera automatiquement."

 

C'est cette mention qui avait été supprimée. Même si elle est désormais rétablie, le "droit de retrait" de l'internaute reste relatif, comme l'a lui-même admis sur son blog Mark Zuckerberg, président fondateur de Facebook : "Même si une personne désactive son compte, ses amis conservent une copie des messages échangés." Soucieux de l'image de son réseau social, M. Zuckerberg a invité ses membres à participer à la révision des termes de sa licence d'utilisation.

 

Ce flou entretenu sur les limites entre espaces publics et privés dans le "village planétaire" suscite l'inquiétude croissante des citoyens, comme celle des autorités européennes chargées de la protection des données individuelles. Car Facebook n'est que la partie émergée de l'iceberg. Sur la Toile, tout est lié. Et les traces ne s'effacent pas avec le temps. En publiant le portrait détaillé d'un parfait inconnu, le magazine alternatif Le Tigre a récemment révélé combien les sources publiées sur Internet permettent de nous suivre pas à pas. Présenté sous le nom de Marc L., le jeune homme n'avait pas prévu que les photos, messages et autres données déposées ici ou là au fil des ans suffiraient à établir la chronique de ses voyages, achats, spectacles, réunions de famille et aventures amoureuses.

 

Les utilisateurs des réseaux sociaux sont incités à donner le maximum d'informations personnelles - adresse, numéro de portable, âge, sexe, parcours scolaire, préférences sexuelles, religion, opinions politiques. Une mine de données exploitable par les publicitaires (principale source de valorisation des plateformes communautaires), mais aussi par les services de police et les cyber-bandits de tous ordres.

 

Les internautes se disent souvent conscients du danger... sans pour autant s'en protéger. 90 % des Britanniques souhaitent des règles plus contraignantes sur la protection des données numériques, indique un sondage. Un autre montre qu'en Allemagne, où la surveillance policière des communications électroniques a été renforcée, cette mesure a dissuadé 52 % des citoyens d'utiliser le téléphone ou le mail pour des échanges confidentiels.

 

Selon une étude autrichienne, menée par le groupe de recherche eTheory (université de Salzbourg) auprès de 674 étudiants utilisateurs de sites sociaux, 56 % d'entre eux estiment qu'il existe un risque de surveillance économique et politique de leurs données personnelles, et 82 % admettent ne pas avoir de connaissances sûres quant à l'usage possible de ces données... Mais les avantages des réseaux sociaux, telle la continuité du contact avec les proches, restent pour eux prioritaires.

 

"En l'absence de standards juridiques internationaux, la dernière mesure prise par Facebook ne fait que confirmer ce que nous nous échinons à dire aux jeunes : en l'état actuel du droit, vous n'avez aucune garantie. Si vous allez sur un site de réseau social, c'est à vous de maîtriser l'information que vous y mettez", commente Alex Türk, président de la Commission nationale de l'informatique et des libertés (CNIL). Président du G29, le groupe qui réunit à Bruxelles les 27 "CNIL" européennes, M. Türk précise que celui-ci devrait "d'ici l'été" émettre une recommandation sur les réseaux sociaux. En avril 2008, le G29 avait rendu un avis relatif aux moteurs de recherche (pour la plupart établis hors des frontières de l'Union), leur demandant de réduire la durée de conservation des données de leurs utilisateurs. En septembre, Google a accepté de réduire cette durée de 18 à 9 mois, suivi en décembre par Microsoft (6 mois) et Yahoo (3 mois).

 

Au-delà des intérêts économiques, la question de la protection des données privées ne suscite pas la même inquiétude selon les régions du monde. Aux deux extrêmes : l'Europe, très attentive au problème, et l'Asie, pour laquelle le sujet n'est pas prioritaire (on compte, en Chine, 290 millions d'internautes, dont 50 millions de blogueurs). Au centre : les Etats-Unis, siège des principaux réseaux sociaux, où 35 % des adultes et 65 % des adolescents ont désormais un profil sur l'un ou plusieurs de ces sites. La protection de son intimité sur Internet y est considérée comme relevant avant tout de la responsabilité individuelle.

 

Catherine Vincent

Article paru dans l'édition du 20.02.09.

 

 

 

 

Facebook soumet ses conditions d'utilisation au vote des usagers

LEMONDE.FR | 27.02.09 |

 

 

"Le réseau social Facebook s'essaie à la démocratie participative. Mark Zuckerberg, le fondateur du site, a annoncé, jeudi 27 février, que les utilisateurs seront consultés à propos des évolutions futures du site, notamment sur la question sensible des données privées. "Notre objectif prioritaire est de rendre le monde plus ouvert et plus transparent. Nous croyons que si nous voulons que le monde aille dans cette direction, alors il nous faut donner l'exemple", explique-t-il sur son blog.

 

Dans une liste de droits des usagers et de principes, qui sonne comme une Constitution pour une communauté composée de plus de 175 millions d'utilisateurs dans le monde, Facebook défend notamment le droit des usagers à disposer de leurs données. "L'utilisation du contenu par Facebook doit avoir des limites claires", est ainsi l'un des nouveaux droits des "Facebookiens", qui s'étaient émus que leurs données puissent être conservées à vie.

 

Cette liste sera ensuite soumise à un vote des utilisateurs, quand la liste des principes aura atteint le quorum de 7 000 commentaires. Elle devrait ensuite être gravée dans le marbre des nouvelles conditions d'utilisation.

 

Cette consultation des usagers apparaît comme une volte-face totale, après la polémique née au début du mois de février. A cette date, Facebook a souhaité établir de nouvelles règles, octroyant une "licence perpétuelle et mondiale" sur tous les contenus publiés. Mais avec plus de 130 000 personnes, le groupe de "Ceux qui sont contre les nouvelles conditions d'utilisation" parvient à faire plier Facebook, qui annonce un retour aux anciennes règles, le 18 février. La presse spécialisée salue globalement l'initiative, même si certains sites, tels que Read Write Web, pointent un certain nombre de limites, comme le recours au vote. 

 

L'enjeu de cette nouvelle politique semble avant tout économique. Les contenus apportés par les usagers constituent en effet la principale richesse du site, convoitée par tous les réseaux sociaux. En 2008, aux Etats-Unis, 82,5 millions d'internautes ont produit de tels contenus, dont 71,3 millions sur les sites de réseaux sociaux. Communauté en pleine expansion, ils devraient être 87,7 millions en 2010, selon les derniers chiffres du cabinet eMarketer.

 

Ce sont les bases de données filmées, photographiées, ou même écrites, qui rendent un site comme Facebook attractif. Dans ce domaine, Mark Zuckerberg dispose d'un véritable trésor. Gigantesque photothèque, le site héberge, en octobre 2008, 10 milliards d'images ;  lors des pics d'affluence, 300 000 photos peuvent être consultées à la seconde.

 

La croissance exponentielle de ces données est à la fois la force et la faiblesse des réseaux sociaux. Si elle garantit une grande audience, elle nécessite de démultiplier sa capacité de serveurs. Comment la financer, quand les usagers sont rétifs à la moindre monétisation des données ? Cette pression technique est d'autant plus difficile a assumer que Facebook, cinq ans après sa création, n'a pas arrêté son modèle économique. A moyen terme, Mark Zuckerberg devra donc choisir entre une croissance raisonnée et une réussite économique sans doute impopulaire."

 

Laurent Checola